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L’annonce faite en décembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger de créer une monnaie, suivie de celle de quitter la CEDEAO, suscite débat au sein de l’opinion africaine. Sur les réseaux sociaux, chacun y va à la lumière de sa pensée. Ces 3 présidents putschistes mettent ainsi le doigt sur un enjeu politico-économique et stratégique très sensible. Si ces 3 pays du Sahel réussissent ce coup de souveraineté monétaire en sortant de la servitude monétaire dans laquelle baignent depuis 15 pays d’Afrique occidentale et centrale sans que personne ne puisse lever le petit doigt, ils entreront dans l’histoire comme le premier président togolais, Sylvanus Olympio qui, en décembre 1962, a fait voter par l’Assemblée nationale la loi relative à la création du franc togolais. Une loi qui allait faire sortir son pays de la zone du franc CFA. Il se préparait à battre monnaie lorsqu’il fut assassiné le 13 janvier 1963.
Le Mali du colonel Assimi Goîta, le Burkina Faso du capitaine Ibrahim Traoré et le Niger du général Abdourahamane Tiani pourront réussir là où Sylvanus Olympio a échoué ? Est-il si difficile de créer sa propre monnaie ? Si la réponse est ‘non’, pourquoi est-il si difficile aux pays africains de sauter le pas pour sortir de la servitude que leur impose le franc CFA ? Comment le franc CFA est-il créé et par qui ? Comment se fait-il que la question du franc CFA se pose avec acuité mais certains chefs d’Etat ne se prononcent jamais sur le sujet ? Que doivent faire le Mali, le Burkina Faso et le Niger pour réussir à sortir l’Afrique de cette nauséabonde servitude qui n’a que trop duré ? Voilà autant de questions auxquelles répond ce développement.
La monnaie toujours créée par une décision politique triviale
Pour commencer, il faut dire que ce que les 3 pays sont en train de faire aujourd’hui, c’est l’implémentation des idées développées par Cheikh Anta Diop dans son livre ‘Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire’. Ce Sénégalais a accouché dans cet ouvrage 15 formules qui doivent permettre à l’Afrique de s’industrialiser, mieux que ce qu’on voit aujourd’hui. Ce livre sorti pour la première fois en 1960, n’a jamais intéressé aucun pouvoir africain.
Selon Nicolas Agbohou, économiste et auteur du livre intitulé ‘Le franc CFA et l’euro contre l’Afrique’, créer une monnaie relève d’une simple décision politique.
« Il faut que les Africains ouvrent les yeux. Il n’y a pas de critères de convergence socioéconomiques dont on parle à longueur de journée. Ces critères qu’on copie auprès de l’UE, elle ne les respecte même pas », pense-t-il.
Pour se faire mieux comprendre, il a décliné ce qui s’est fait en matière de création de monnaie dans 6 cas dans le monde.
-Les USA : au départ, ils étaient 13 colonies anglaises qui, à leur indépendance politique vis-à-vis de la Grande Bretagne, ont décidé de créer le dollar américain, une monnaie unique. Tous les autres Etats qui ont rejoint la fédération après, ont suivi. Le dollar n’a jamais eu de problème depuis 1792.
-Le Canada a créé son dollar avec 10 provinces. Aujourd’hui, c’est devenu leur monnaie unique et cela marche très bien.
-La Chine populaire : avant 1949, les Chinois étaient moins de 500 millions. Ils mouraient de faim. Quand Mao Tse Tsung et ses amis ont réussi finalement à prendre le pouvoir d’Etat, ils ont mis hors d’état de nuire Chiang Kai-Shek et autres soutenus par les Américains et ils ont battu la monnaie qu’on appelle le Yuan. Aujourd’hui, ils sont plus de 1 milliard 400 millions de personnes à utiliser cette monnaie unique, avec un taux de chômage qui tourne autour de 4%. Aujourd’hui, ils financent tout le monde, même les Américains et les pays de l’UE.
-La Suisse : cet Etat de 26 cantons avait plus de 800 monnaies différentes. Le parlement suisse a décidé politiquement que le franc suisse devient la monnaie unique. Aujourd’hui, tout le monde court vers la Suisse pour cacher sa fortune.
-La Russie : lorsque l’URSS a été démantelée en 1991 par les occidentaux, 22 pays sont restés ensemble. Chacun pouvait battre sa monnaie mais ils ont décidé de garder la monnaie unique appelée Rouble russe. Ils ont réorganisé leur économie et se sont armés pour devenir puissants et personne aujourd’hui ne parvient à déstabiliser la Russie.
-Le CFA : lorsque la France du général de Gaulle a été libérée des nazis qui appliquaient le nazisme monétaire, le général français a simplement dit à son ministre des finances, René Pléven et à son ministre des colonies, Jacques Soustelle de lui préparer un décret de création du franc des Colonies françaises d’Afrique (CFA). Et quand ce décret a été apprêté, le général de Gaulle, conformément au premier article de ce décret, a créé le franc CFA. Par un simple décret qui n’est même pas passé par l’Assemblée nationale et il a été imposé aux Africains, sans qu’il ait été pris en compte des critères de convergence.
Si cette décision de créer la monnaie doit venir d’une décision aussi triviale, et que par un simple jeu d’écriture, la monnaie est battue, pourquoi les Africains n’arrivent pas à créer une monnaie unique ?
« Depuis 1983, les 15 pays de la CEDEAO et le Nigeria ont eu l’idée de créer leur monnaie unique, l’’Eco’. Ils ont d’abord défini 16 critères de convergence, ensuite 8. Jusqu’à aujourd’hui, ils ne sont pas arrivés à créer l’Eco. Lorsqu’on est souverain, on décide politiquement », a-t-il nuancé.
Selon David Assiba Johnson, professeur des universités, auteur du livre ‘Sylvanus Olympio, un pionnier imbattu, imbattable en attendant une preuve du contraire’, c’est parce que c’est le prix à payer pour rester au pouvoir.
« Si vous voulez rester au pouvoir, vous ne devez pas renoncer au franc CFA. Cela permet le transfert des capitaux sans risque de change pour les exportateurs de capitaux. On a affaire à des gouvernements qui préfèrent le statu quo. Ils préfèrent laisser leur peuple mourir de faim et garder le pouvoir au lieu de mettre la France à dos », soutient-il.
Les coups d’Etat se justifient ?
Pour cet économiste, l’intérêt des coups d’Etat se justifie pour rompre avec le manque de patriotisme dont l’Afrique a besoin. Parce que, souligne-t-il, la décision de battre monnaie est liée au patriotisme, c’est-à-dire servir les intérêts de la nation. « La question fondamentale à se poser est de savoir si les chefs d’Etat africains sont patriotes », se demande-t-il.
L’économiste soutient que le franc CFA n’est pas une bonne monnaie. Et pour Nicolas Agbohou, même le régime de change fixe dont on rebat les oreilles des Africains, arguant qu’il les protège de l’inflation, ne protège en réalité que les exportateurs de capitaux. « Scientifiquement, il est prouvé que l’inflation est évitée avec une seule loi, celle de l’offre et de la demande. Lorsque l’offre est supérieure à la demande, le prix baisse », a-t-il précisé.
La solution
Pour sortir de l’ornière, Nicolas Agbohou propose aux 3 Etats de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) de penser à la création le plus rapidement possible d’une monnaie unique à l’échelle africaine.
« La question de la garantie de cette monnaie ne se pose pas. L’Afrique a suffisamment de richesses et d’or pour garantir cette monnaie. Je demande à l’AES de créer la monnaie unique africaine. C’est la base et avec le temps, les gens vont entrer. L’Union européenne a commencé à 6 pays avec l’euro. Aujourd’hui, ils sont 27 dont 20 utilisent l’euro », a-t-il lancé.
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