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Cette affirmation qui paraîtra utopique pour les uns et dérisoire pour les autres (ils ont raison), dans un monde où beaucoup d’Africains ne voient que dans le collimateur de la démocratie pour se sortir de l’ornière, mérite une réflexion profonde. Une réflexion, loin des descriptions idéologiques mensongères et paralysantes pour l’Afrique.
Dans le premier numéro de notre rubrique ‘Ce que l’école ne nous apprend pas’, nous avons démontré que la démocratie est un véritable tombeau ouvert pour l’Afrique, un continent sur lequel depuis pèse un joug néocolonial (https://globalactu.com/2025/10/03/le-capitalisme-tue-lafrique-la-democratie-entretient-la-domination-neocoloniale/). Dans le 2è numéro, nous démontrions que c’est une fausse route que l’Afrique, pionnière du développement dans l’antiquité et au Moyen-Âge, suit en voulant à tout prix se conjuguer dans les institutions et les valeurs étrangères (https://globalactu.com/2025/10/31/lafrique-veut-sepanouir-par-le-suivisme-et-la-copie-un-choix-qui-a-tout-dun-egarement/). Dans ce 3è numéro, nous apporterons les arguments qui militent pour la construction d’un Etat fédéral au niveau de l’Afrique Noire, seul gage pour se sortir du piège multiséculaire dans lequel baignent ses enfants.
En tout cas, la solution, la vraie, aux problèmes africains, ne se trouve pas dans la démocratie, ni dans les droits de l’homme. Encore moins dans quelque institution ou valeur venue d’ailleurs. Deux ouvrages permettront de faire cette démonstration. Le premier, sorti pour la première fois en 1960, est intitulé ‘Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire’. L’auteur est le penseur sénégalais Cheikh Anta Diop. Le second édité en 2012, a pour titre : ‘L’Etat fédéral d’Afrique noire : la seule issue’. Il est du Congolais Théophile Obenga.
D’entrée, il faut signaler que ces 2 hommes ont, à deux, joué un grand rôle dans l’histoire récente de l’Afrique. En 1974, au colloque du Caire organisé par l’UNESCO, ils ont fait la démonstration, devant de grands égyptologues sans voix ni argument (américains, anglais, français etc), que l’Afrique, contrairement à ce que les occidentaux pensent, a une histoire et une culture. Ils ont démontré que l’origine de la civilisation égyptienne antique est nègre. Une conclusion historique sort de ce colloque : « la très minutieuse préparation des communications des professeurs Cheikh Anta Diop et Obenga n’a pas eu, malgré les précisions contenues dans le document de travail préparatoire envoyé par l’UNESCO, une contrepartie toujours égale. Il s’en est suivi un véritable déséquilibre dans les discussions ».
Cheikh Anta Diop
Ce colloque, ses travaux et sa conclusion générale inscrits noir sur blanc dans l’un des tomes de l’Histoire générale de l’Afrique écrits sous la houlette de la même UNESCO, ne figurent dans aucun curricula de l’éducation africaine. Ni à l’école, ni à l’université.
Il est important de rappeler cette parenthèse historique essentielle car, comme ce colloque, aucun ouvrage de ces 2 géants africains dont l’un est toujours en vie, ne figure dans le système éducatif en Afrique. Et pourtant, les élèves et étudiants africains, même l’élite, connaissent presque tous les savants grecs et les citent à longueur de journée pour argumenter leurs idées et réflexions. C’est donc grâce à ces 2 hommes que nous disons aujourd’hui que l’Egypte antique est une civilisation noire.
Fermons la parenthèse ! Il convient, dans le cadre de cette réflexion, de situer le contexte historique de la création de l’Etat fédéral d’Afrique qui serait la seule solution qui vaille, pour sortir l’Afrique et sa cinquantaine d’Etats-nations de ses multiples problèmes quotidiens que sont le néocolonialisme, la corruption, la pauvreté, le chômage, la traite des enfants, les conflits fratricides, les guerres civiles, les génocides les élections truquées, la ruse constitutionnelle, les putschs militaires, le pillage des ressources etc.
Contexte historique et politique
Au sortir de la colonisation, avant que ne soit créée en 1963 l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) devenue par miracle en 2002 Union Africaine (UA), il existait en Afrique 2 camps idéologiques forts : les camps de Monrovia et de Casablanca. Le premier, soutenu par la France et tenu par les pays comme le Nigeria, le Liberia, la Tunisie et plusieurs pays de l’Afrique de l’ouest, prônait la souveraineté nationale, la coopération interétatique et le respect des frontières héritées. Une vision dite plus prudente d’une unité de l’Afrique construite suivant un processus. Le 2è camp coaché par le Ghana de Kwame Nkrumah, l’Egypte de Nasser et autres, recommandait une opposition aux anciennes puissances colonisatrices et une intégration politique rapide, une unité immédiate des pays africains devenus indépendants et une souveraineté partagée.
Les réflexions ont donc conduit à la création ensuite des organisations sous-régionales qui vont donner sur des Etats africains à l’image des empires et des royaumes médiévaux africains. Avant l’unité africaine.
Aujourd’hui, presque personne ne parle de cette fameuse unité, encore moins de la solution d’un Etat fédéral d’Afrique. Tous ont recours à la démocratie baulienne qui, selon une très large partie de l’opinion africaine, permettrait à l’Afrique de résoudre ses problèmes. Plus de 60 ans après, tous les actes des Africains concourent à dire qu’ils font tout pour vivre et ressembler à leurs maîtres coloniaux.
Afrique : se fédérer ou disparaître
C’est dans le contexte susmentionné que Cheikh Anta Diop va sortir en 1960 la première version de son ouvrage intitulé ‘Les fondements économiques et culturels d’un Etat fédéral d’Afrique Noire’. Dans cet essai scientifique, le savant sénégalais tire les conclusions pratiques de tant d’années d’études des problèmes africains, les a ramassés en formules claires. A la suite de démonstrations scientifiques irréfragables, il y propose un schéma général d’industrialisation de l’Afrique qui va de la restauration de la conscience de l’unité africaine et l’unification linguistique à l’échelle territoriale et continentale jusqu’à la création d’une puissante industrie d’Etat et d’une puissante armée moderne. Peine perdue !
Il faut attendre 52 ans après (2012) pour lire l’immense travail de Théophile Obenga intitulé ‘LEtat fédéral d’Afrique Noire : la seule issue’. Un livre qui dit haut et fort que la création d’un Etat fédéral d’Afrique Noire est plus que d’actualité, dans un monde contemporain caractérisé au plan politique, économique, monétaire, militaire, scientifique, industriel et technologique par de grandes masses géopolitiques et géostratégiques (OTAN, Europe occidentale, monde islamique, sous-continent de l’Inde, Russie, Chine etc), alors qu’au même moment en Afrique, on érige l’accessoire en arguments ou en problèmes essentiels et on prend des épiphénomènes pour ce qui est essentiel.
Théophile Obenga
Selon M. Obenga, presque tous les problèmes africains sur lesquels on met constamment l’accent ne sont que des épiphénomènes qui ont pour cadre et contexte l’Etat-nation hérité de la Conférence de Berlin (1884-1885). Il cite les guerres civiles postélectorales, les réconciliations nationales, le pompage des ressources du sous-sol africain, le suivisme africain des vœux et analyses de la communauté dite internationale, le réchauffement climatique etc.
A ces masses géostratégiques contemporaines qui sont des puissances politiques, économiques, industrielles, militaires, scientifiques, culturelles et spirituelles, s’ajoutent des arsenaux stratégiques du monde contemporain qui coûtent excessivement chers, impossibles à posséder individuellement, souligne-t-il « à l’échelle des petits et pauvres Etats-nations actuels de l’Afrique Noire ».
Pour ce savant congolais, c’est donc la fragilité politique de l’Afrique qui favorise le pompage accéléré de ses matières premières.
« Il faut donc à l’Afrique un gigantesque projet pour sortir de cette situation de précarité, de souffrance, de pauvreté et de misère, de domination et d’injustice », écrit M. Obenga pour qui le salut est collectif.
Pour finir, il faut dire que la création de cet espace fédéral africain mettra du coup fin à plusieurs litiges, surtout fonciers, engendrés par les frontières coloniales. Les exemples les plus connus sont la guerre entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, les conflits soudanais, le terrorisme etc. L’Etat fédéral, dans son rôle régalien, se chargera de mettre les viandes là où il n’y en a pas.
Aussi, Diop et Obenga ne sont-ils plus les seuls à comprendre que l’Afrique, au lieu de copier et de mimer, doit se relever en faisant sa propre mue à travers un Etat fédéral. De nombreux autres penseurs, à la faveur de réflexions qui n’ont rien à voir avec celles soulevées plus haut, arrivent à la conclusion que rien ne vaut l’unité africaine.
Ecrit par TELLI Kofi
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