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Le Burkina Faso est certainement le premier pays africain à se rapprocher de plus en plus de la vie ancestrale africaine. Le 7 mai dernier, un décret d’application pris en conseil des ministres à la suite de la loi ‘Faso Bu kaore’ adoptée par l’Assemblée législative en janvier 2026, marque un tournant décisif dans le système judiciaire burkinabè.
En effet, ce texte d’application fait intégrer définitivement la justice traditionnelle ou coutumière dans le système judiciaire burkinabè. Comme les juges du système judiciaire moderne, les chefs de famille, de village et de clan et leurs notables vont connaître des litiges civils, fonciers et de voisinage, et leurs décisions sont applicables au même titre que celles du système judiciaire hérité de la France.
Pour les autorités burkinabè, il s’agit là de la construction d’une justice plus proche des réalités des populations. Cependant, elle ne remplace pas le système judiciaire moderne connu pour son caractère lointain, sa complexité et surtout pour le véritable désordre qu’elle sème dans la communauté africaine.
Autre information importante, les décisions rendues par un tribunal traditionnel ne sont pas du ressort de la justice moderne. Vice versa. Les justiciables peuvent choisir de régler leurs litiges par le moyen coutumier ou par le moyen moderne.
Et si les tribunaux traditionnels rendent une décision, une voie de recours est aménagée. Si l’une des parties n’est pas d’accord avec une décision rendue dans un village, la voie de recours lui permet de porter l’affaire devant un chef traditionnel immédiatement supérieur à celui dont émane la décision. On comprend aisément qu’avec cette loi appelée Faso Bu kaore, les décisions rendues par les instances traditionnelles, conformément aux us et coutumes, ont la même valeur juridique que les décisions des juges de l’ordre judiciaire dit moderne.
La valeur ajoutée de la justice traditionnelle
Partout en Afrique, avant la traite négrière et le colonialisme, il existait une justice chapeautée par les chefs traditionnels, les rois et les empereurs. A la différence du système judiciaire moderne en cours dans tous les pays africains issus de la Conférence de Berlin, dans le système judiciaire traditionnel, les parties en conflit ne deviennent pas des ennemis jurés.
Ce système ancestral qui a déjà fait ses preuves dans les empires et royaumes africains qui ont jalonné le temps dans l’antiquité et au moyen âge, préserve la cohésion sociale, la paix et les relations humaines entre les familles et les communautés.
L’individualisme connu dans le modèle de société occidental et dans lequel les pays africains dits indépendants baignent encore à tort ou à raison, n’a pas de place dans ce système traditionnel. La communauté passe avant l’individu.
A cause du système judiciaire moderne, la communauté africaine est devenue méconnaissable. Grâce à l’individualisme et son corollaire du gain pour soi et pour personne d’autre, les conflits ont déchiré à vie des époux, des familles et même des communautés qui se regardent désormais en chien de faïence.
Bien au contraire, la justice traditionnelle ou coutumière a fait en sorte que l’Afrique a été une terre de paix, de sécurité et de compréhension, ce qui a conduit certains auteurs à dire que le bonheur a déjà existé en Afrique.
Son caractère restauratif faisait que, contrairement à la justice pénale dite moderne, cette justice réparait non seulement le préjudice causé mais faisait intégrer l’auteur d’un crime ou d’une infraction grave dans la communauté en plus de la punition dont il écope.
« C’est parce que nous sommes allés à un autre modèle de société qui tire beaucoup de conséquence de son individualisme et de la liberté que nous connaissons à l’occidental que nous avons quelques fois des difficultés à trouver des solutions à nos problèmes », dit Edasso Rodrigue Bayala, ministre burkinabè de la justice.
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