jeudi, juillet 30, 2026
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    Portrait : Aïcha Péré Akakpo, la vitrine des produits agricoles togolais sur le net

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    S’il y a une entrepreneure togolaise particulièrement dévouée pour la promotion des produits locaux, c’est bien Aïcha Péré Akakpo. La jeune dame de 28 ans, titulaire d’une licence en agroéconomie et d’un Master en gestion des projets, ne peut imaginer un seul instant que les bonnes choses que font les producteurs agricoles et les transformateurs au Togo, soient toujours inconnues.

    La jeune mère d’un petit garçon de 2 ans, malgré son emploi à plein temps en tant que chargée de suivi-évaluation des projets agricoles auprès d’une institution togolaise, décide un matin de 2017 de créer et de gérer un blog : leblogdemaisha.com. « Vu que je travaille dans le secteur agricole, je me suis rendue compte qu’il y a beaucoup de producteurs agricoles et de transformateurs au Togo qui font de bonnes choses mais toutes ces choses ne sont pas connues du public », lance la bloggeuse.

    Tout est parti de discussions qu’elle a eues avec des bloggeuses férues de la question et qu’elle a tenté de convaincre en vain. « Dans un premier temps, j’ai discuté avec des bloggeuses qui font de la cuisine en ligne pour voir comment elles choisissent les produits. A un moment donné, j’ai essayé de les amener à utiliser les produits locaux et de les mettre en valeur mais beaucoup d’entre elles ne semblaient pas aller vers là parce qu’elles se disaient que ces produits ne sont pas connus et ne pensaient pas que ce business va marcher », se souvient-elle.

    Elle a donc compris à ses dépens qu’il faut que quelqu’un quelque part commence. Et cette personne ne peut être qu’elle. « C’est là où je me suis dit qu’il faut que je le fasse moi-même ». Mlle Péré a donc fait appel à l’une de ses 2 sœurs pour lui créer un blog.

    « Au début, je voulais avoir un compte Twitter ou une page Facebook mais quand j’ai vu un blog, j’ai voulu savoir comment on le crée. Quand la question m’a été posée de savoir ce que je veux en faire, j’ai dit que je veux parler de l’agriculture et de la nutrition. C’est ma sœur qui m’a proposé de créer un blog », a souligné cette 3ème née d’une fratrie de 6 enfants.

    Un service déjà disponible sous d’autres cieux

    Aïcha Péré Akakpo sait qu’elle ne réinvente pas la roue. Selon elle, ce qu’elle propose aujourd’hui sur son blog, est un service qui existe déjà dans les pays européens et américains pour leurs produits. « Très facilement, on peut voir leurs produits. Mais pour les produits typiquement africains, c’est difficile d’en trouver », note-t-elle.

    A la question que fait-elle au juste sur son blog, voici sa réponse : « j’écris des articles pour décrire la valeur nutritionnelle de l’aliment, quelle quantité d’énergie cela procure, quelle quantité de protéine on peut avoir dedans, avec quel autre produit on peut l’agrémenter pour que ce soit bon pour le corps. Je fais aussi des vidéos pour montrer comment est-ce qu’on peut préparer ces repas. Je tiens surtout à ajouter une touche de modernité. Comment est-ce que nous les jeunes de maintenant pouvons utiliser ces produits-là dans la cuisine actuelle », décrit-elle.

    En plus bref, cette agroéconomiste fait la promotion des produits locaux, en montrant non seulement la façon dont on peut les cuisiner de ‘façon moderne’ mais aussi la valeur nutritionnelle de ces produits.

    « Pour ce qui concerne la valeur nutritionnelle des produits, sur internet, c’est très facile de trouver cela pour un repas européen. On donne la quantité d’énergie, les protéines qu’un produit est censé procurer. On n’en trouve pas pour les produits africains et surtout togolais. Il faut que cela commence quelque part et je vais le commencer et faire grandir la chose », ajoutera-t-elle.

    Le chemin parcouru en moins de 2 ans

    Actuellement, reconnaît cette entrepreneure, c’est un service qui n’est pas trop connu et qui n’est pas non plus lucratif. « Pour le moment, c’est surtout des gens que je connais et que je côtoie à qui je propose mes services ou des produits que moi-même j’ai essayé et qui me plaisent. J’ai travaillé sur la poudre de cacao de Choco-Togo, sur la poudre de baobab, le lait de Soja de Maman-Soja », énumère-t-elle.

    Comme entrepreneur accompagné jusqu’à présent, elle pointe du doigt le promoteur de Wassa-wassa. « Nous sommes en discussion pour que je fasse des vidéos sur son produit », ajoute-t-elle.

    Aujourd’hui, les articles sur son blog recueillent 200 vues dans la semaine. Sur Youtube, ses écrits attirent une centaine de vues. Sur Instagram, elle a une communauté de 600 personnes qui sont mordues par la question de la nutrition. « Il faut que je fasse tout pour que ça devienne plus grand. Parfois, j’ai peur parce que je me dis que j’ai commencé quelque chose et qu’il faut que je puisse l’amener loin. A la base, il y a de l’excitation et de la peur », révèle-t-elle.

    Une gigantesque vision, une nouvelle forme de marketing

    Aïcha croit tellement en ce qu’elle fait aujourd’hui. Quand elle est sur les réseaux sociaux, elle se consacre plus aux pages qui s’occupent de la nutrition ou de la nourriture et de celles qui traitent de comment on peut valoriser les produits alimentaires. Selon elle, il y a des choses qu’on utilise simplement mais auxquelles on peut donner de la valeur.

    « J’achète Gangodoè à 25 francs et je mange. Dans un autre pays, on le fait différemment. On peut l’appeler d’un autre nom. Je me dis qu’on doit s’inspirer de ça et mieux valoriser. Il faut que ceux qui sont dans le secteur agricole soient aidés à gagner de l’argent dans ça », se dit-elle.

    Pour cette dame, vendre un bol de maïs ne rend pas aussi riche le vendeur que celui qui va  transformer ce maïs et en faire des biscuits ou des galettes. Ce nouveau produit reviendra 7 ou 10 fois plus cher que le prix du maïs. « Il faut qu’on amène les producteurs vers cela », propose-t-elle.

    Aïcha Péré Akakpo se voit très loin dans cette entreprise dans les 3 prochaines années : avoir une entreprise qui est connue pour la promotion des produits agricoles. « Sur les réseaux sociaux, avoir un million de suiveurs dans le monde entier qui peuvent capter la valeur ajoutée des produits que je montre. Je ne vise pas que le Togo. Avoir la confiance des entrepreneurs pour la promotion de leurs produits. C’est une nouvelle forme de marketing que j’essaie de promouvoir. Pour la promotion d’un produit, le promoteur doit payer un certain montant soit pour une recette, ou la valeur nutritionnelle du produit que je décris », voilà ce qu’elle veut faire.

    A terme, c’est un plus grand projet derrière. C’est d’avoir carrément une école de cuisine qui utilise des produits locaux et qui a un restaurant. C’est une école où on apprendra à cuisiner les produits locaux.

    « A la différence de celles qui existent aujourd’hui, mon école fera la promotion des produits locaux. Ce sera une école où on va apprendre aux cuisiniers à faire du Pinon présenté différemment. Ce sera une école de cuisine totalement normale en termes de cuisine africaine mais la seule différence, ce sera la valorisation des produits locaux et la mise en commun des saveurs », grave-t-elle jalousement dans sa tête.

    Telle grand-père, telle petite-fille

    Cette passion pour la promotion des produits locaux, Aïcha en a bu très tôt à la source de son grand-père. Et quand elle se souvient de ce bon vieux temps, un appétit irrésistible s’empare toujours d’elle. « J’ai grandi avec mon grand-père qui était agronome et qui aimait bien utiliser les produits, les transformer pour donner d’autres produits. Par exemple, prendre la banane, la mélanger avec du miel, sécher, cela donnait des bonbons qui étaient tous bons et qu’il distribuait aux enfants. C’est ce qui m’a poussé à aller vers l’agronomie. C’est de voir comment on peut valoriser nos produits ».

    En grandissant dans la vie professionnelle, elle a été plus dirigée vers la gestion des projets mais sa passion pour les produits locaux lui tient toujours à cœur. « Ce que l’agriculteur togolais produit, il faut qu’on puisse le valoriser, qu’on puisse en faire de grandes choses, démontrer la valeur ajoutée de tous ces produits », martèle-t-elle.

    La jeune entrepreneure se sent soutenue aussi bien par son mari que par ses parents biologiques, même si ces derniers, pense-t-elle, ne perçoivent pas encore la grandeur de ce qu’elle veut réaliser dans les prochaines années. « Souvent le problème avec les entrepreneurs, c’est que les parents se demandent si leur projet va porter et tout. Mais vu que j’ai un boulot de côté, ils ne me dérangent pas trop. Ils n’en perçoivent pas encore l’importance. Pour eux, c’est un loisir et c’est quelque chose comme ça ».

    Déjà étudiante, elle se voyait plus dans l’entrepreneuriat mais ne savait pas exactement où elle atterrirait. « J’avais envie d’avoir une ferme agricole ou de transformer les produits agricoles. Mais je ne m’étais fixée sur rien. En fait, j’ai opté pour l’agronomie en me disant que je vais créer quelque chose en matière d’agriculture ».

    A la sortie de l’université, elle se jette dans le volontariat. Au ministère de l’Agriculture, en tant que volontaire, elle était sur le Programme de productivité agricole en Afrique de l’ouest (PPAO). Ce volontariat lui ouvrira plus tard les portes de la France où elle a travaillé dans des associations qui s’occupent de la nutrition.

    Une semaine de travail bien pleine

    En semaine, elle va au boulot comme tout employé et le soir, la bloggeuse réfléchit à ses articles et sur les scénarios des vidéos. Elle fait aussi de la veille sur les réseaux sociaux pour voir le nombre de vues, fait l’analyse des données, notamment des suiveurs, dans quels pays ils sont, quels sont les vidéos ou les articles sont les plus lus ou les plus visualisées.

    « En week-end, le samedi, je fais le tour des magasins qui font la vente des produits agricoles, je prends des photos, j’imagine les recettes qu’ils peuvent faire. Le dimanche, je continue à imaginer les recettes et j’élabore les détails », confie-t-elle.  

    L’entrepreneure se fait aider sur ce coup par un ami pour le tournage des vidéos. D’ici la fin de l’année, elle compte ajouter une seconde personne qui va s’occuper de la gestion des comptes sur les réseaux sociaux comme Twitter, Instagram et Youtube.

    Financièrement, elle ne cache pas que son travail lui tient à cœur. Néanmoins, elle sait pertinemment qu’elle a un défi à relever. « Dans la vie, il y a beaucoup de choses qui nous motivent. Cela peut être l’argent, la passion ou des défis. Actuellement, ce que je fais, est un défi pour moi. Quand on commence quelque chose, on a envie de le voir grandir et de le réussir », note-t-elle.

    Si Aïcha n’avait pas ce boulot, elle se consacrerait totalement à son projet. Parce que dit-elle, ce ne sera pas en tout cas une fatalité. « Chacun de nous a quelque chose en quoi il est bon tout seul. Cela, il faut savoir le valoriser. Quand on se lance dans l’entrepreneuriat, cela doit aussi être par amour de ce qu’on fait ».

    Pour s’en convaincre, elle n’oublie pas l’exemple d’une amie. « Beaucoup de filles à l’école ont fait ce qu’on appelle du Toffee. Mais j’en connais une fille particulièrement qui en fait parce qu’elle a trouvé qu’elle apporte une valeur ajoutée à ce produit et qu’elle le fait différemment ».

    Et d’ajouter…« ce n’est pas forcément le fait d’aller trouver un boulot salarié qui est le problème mais, quand on en arrive à ce moment où on n’en trouve pas, il faut s’asseoir et réfléchir à ce qu’on sait faire et le mettre en avant ».

    Ce portait a été réalisé dans le cadre de la 2ème édition du projet Global Com Leadership féminin, porté par le site d’informations Global Actu, en partenariat avec le Mouvement pour une Afrique meilleure (MAM).  

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