Au 31 mars 2019, le secteur togolais de la micro finance compte 578 points de services contre 567 au trimestre précédent, soit une augmentation de 1,94%. Le nombre de bénéficiaires a aussi connu une progression pour s’établir à 2.697.595 membres bénéficiaires ou clients, contre 2.391.062 au 31 mars 2018.
L’encours des dépôts se chiffre à 200,47 milliards de francs CFA contre 174,08 milliards il y a un an, soit une augmentation de 15,16%. L’encours des crédits aussi connaît une augmentation de 15% passant ainsi de 142,732 milliards à 164,18 milliards. Ce qui représente selon les informations 15% du financement national. Ces chiffres ont été communiqués jeudi à Lomé par la Cellule d’appui et de suivi des institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit (CAS-IMEC), le bras du ministère des finances qui accompagne le secteur de la micro finance au Togo.
A ces chiffres positifs, s’ajoutent malheureusement des difficultés majeures dont les principales sont l’insuffisance de fonds propres, la faiblesse des systèmes d’informations des SFD et la dégradation continue de la qualité du portefeuille. Les structures exerçant illégalement les activités continuent de proliférer. Nombre de ces structures illégales sont des employés des SFD qui veulent aussi porter le titre de DG.
Ces chiffres et informations tombent au moment où l’APSFD-Togo est en train de faire peau neuve. En assemblée générale ordinaire jeudi à Lomé sous le thème : « Bureau d’information sur le crédit, gage du crédit sécurisé et de l’inclusion financière », elle se dote d’un nouveau conseil d’administration et élit un comité d’éthique et de déontologie.
« C’est une assemblée générale élective d’où sortira un nouveau bureau du conseil d’administration. Sur les 4 ans que j’ai eu à présider l’APSFD, pour ne pas trop m’enorgueillir, le bilan est satisfaisant », a lancé d’entrée de jeu, Yombo Odanou, président sortant du conseil d’administration de l’APSFD.
Sur le plan national, a-t-il précisé, l’APSFD a une notoriété que personne ne conteste. « Avec plus de 52 SFD membres, elle représente de facto tous les SFD qui ont un agrément. Elle devient l’instance de négociation qui représente l’ensemble du secteur au niveau des autorités de régulation. Toujours sur ce plan, l’association occupe des places de privilèges au niveau des instances suprêmes notamment le Conseil national du crédit, l’assemblée générale des universités de Lomé dans le cadre des activités du Fonds national de la finance inclusive (FNFI) », a-t-il souligné.
Sur le plan sous régional, elle a occupé durant les 4 ans le Conseil d’administration de la Fédération des associations professionnelles des systèmes financiers décentralisés de l’UEMOA. Le président de l’APSFD-Togo sortant est actuellement président d’honneur de cette fédération. Elle est aussi dans le Comité de pilotage de la Semaine africaine de la micro finance.
Sur le plan international, l’APSFD-Togo s’est aussi fait remarquer. Elle a participé à Washington aux Etats-Unis d’Amérique à la conférence annuelle de l’organisation qui représente les SFD dans le monde entier.
Malgré toutes informations qui démontrent l’embonpoint de cette structure créée il y a seulement quelques années pour redorer le blason de ce secteur, des défis pointent à l’horizon. Ce que reconnaissent d’ailleurs les dirigeants.
Les défis majeurs, selon les acteurs du domaine
Selon le président Odanou, les défis qui sont ceux du secteur de la micro finance au Togo sont majeurs. Ils ont pour noms la digitalisation, la finance inclusive et la finance islamique. « Ce sont là les dangers qui nous attendent », dit-il en averti.
« Dans la nouvelle dynamique des paradigmes de la micro finance, il y a la digitalisation. On ne peut pas s’en passer. Tous les SFD doivent se préparer. Aujourd’hui, la digitalisation, il n’y a pas que les SFD ou les banques qui en sont bénéficiaires. Elle touche les sociétés de téléphonie mobile qui d’une manière ou d’une autre nous font de la concurrence. Pour ne pas laisser la clientèle avec toutes ces ressources, nous sommes obligés de passer à la digitalisation », a relevé Yombo Odanou.
Pour ce qui concerne la finance inclusive, il faut noter principalement que la zone de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) qui comporte 8 pays, notamment le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo, à travers la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (BCEAO) dispose d’une stratégie régionale de la finance inclusive.
« Tous les SFD s’y mettent déjà avec des préparations. Pour aller à la finance inclusive, il faut aux SFD une certaine solidité dans les opérations que nous allons mettre en place », a souligné le président du conseil d’administration sortant de l’APSFD.
Les défis, selon les autorités de contrôle
Selon Baya Litaaba-Kassou, coordonnateur de la Cellule d’appui et de suivi des institutions mutualistes ou coopératives d’épargne et de crédit (CAS-IMEC), il existe 75 SFD au Togo mais seulement 53 d’entre eux respectent l’article 23 de la loi n°2011-009 du 12 mai 2011 qui fait obligation à tout système financier d’adhérer à l’APSFD dans les 3 mois qui suivent son inscription sur le registre des SFD. Autrement dit, 22 SFD ne respectent pas l’article 23 précité.
« Pour plus d’efficacité, nous demandons à l’APSFD de communiquer à l’autorité de tutelle la liste de ces membres afin que celui-ci fasse respecter l’article 23 de ladite loi », note la responsable de la CAS-IMEC.
D’autre part, elle reconnaît que ce secteur de la micro finance au Togo est dynamique. Cependant, ajoute-t-elle, il reste de l’encadrer plus.
« L’APSFD doit encadrer par la bonne pratique et faire des formations. Les bonnes habitudes s’acquièrent par la formation. Il était dévolu à cette association, le rôle d’assurer l’éducation à tous les niveaux et selon les thèmes identifiés par les SFD membres. L’APSFD œuvre donc aux côtés des autorités de contrôle pour un secteur plus professionnel », a-t-elle fait remarquer.
La CAS-IMEC a également procédé à une évaluation qui conclut qu’il y a des SFD en difficultés. A ceux-là qui présentent des perspectives de viabilité, on accorde la chance d’élaborer un plan de redressement qui est suivi. Dans le cas contraire, il y a retrait d’agrément. Ainsi, au titre des structures en difficultés, 7 SFD ont vu leur agrément retiré.
« Le risque aussi, c’est que lorsque le SFD est en cessation d’activités, il y a un phénomène qui peut se passer. Il peut passer son agrément à une autre structure illégale louée. Cette couverture d’agrément est une infraction. Si nous ne faisons pas ce ménage, il y aura plusieurs dysfonctionnements dans le secteur », a-t-elle informé.
Le Bureau d’information sur le crédit (BIC)
Au Togo aujourd’hui, une tierce personne peut avoir dans plusieurs systèmes financiers décentralisés (SFD) des comptes, demander et obtenir des crédits auprès de toutes ces structures. Bonjour le surendettement ! Pour arrêter ce phénomène, il faut créer le Bureau d’information sur le crédit (BIC), a mentionné Mme Litaaba-Kassou.
« Ce bureau permet d’éviter la délinquance parce que l’information est partagée. Si un SFD veut donner du crédit à une tierce personne, il doit connaître l’historique de la personne. N’est-elle pas déjà sous crédit dans un autre SFD ? », a-t-elle poursuivi.
Le Bureau d’information sur le crédit (BIC) permet aussi aux SFD d’être plus performants et viables.







