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L’un des problèmes fondamentaux des pays africains, est l’éducation et la science tournées vers les valeurs occidentales. Le pays de Cheikh Anta Diop veut définitivement sortir son école de cette aliénation. En témoigne la nouvelle vision que s’assigne le ministère de l’éducation nationale.
Il s’agit de « faire évoluer le système éducatif vers une société éducative inclusive et efficiente pour enfin former à l’horizon 2035 un citoyen bien adossé à son socle endogène de valeurs africaines et spirituelles, tout en étant préparé aux défis du développement durable des sciences et technologies du numérique et de l’intelligence artificielle ».
Au cours de la cérémonie de l’édition 2024 du ‘Concours général’, une initiative dont l’objectif est de distinguer les meilleurs élèves des lycées d’enseignement général et technique, le Sénégal s’est questionné sur les enjeux, défis et perspectives pour une école au service de la souveraineté nationale. Notre école est-elle dans ces dispositions ? A-t-elle été pensée, conçue pour cette mission ? Fonctionne-t-elle au quotidien en vue d’accomplir cette mission ? Ne doit-on pas la repositionner pour qu’elle soit davantage au service de la souveraineté nationale ? Telles sont les questions posées par Waly Ba, professeur de lettres au lycée Cheikh Hamidou Kane de Mbao. C’est en présence du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, du président de l’Assemblée nationale, du Premier ministre Ousmane Sonko, des députés, des ministres, des enseignants, des élèves et du corps diplomatique.
« Cette réflexion est essentielle car elle touche au cœur de ce que nous voulons pour notre pays. L’éducation est le socle sur lequel nous bâtirons notre avenir commun, le pilier qui soutiendra notre développement économique, social et culturel. A l’heure où la croyance en une mondialisation inhibitrice laisse de plus en plus place à l’affirmation d’identités économiques et culturelles singulières, il est devenu absolument important de nous réapproprier nos valeurs intrinsèques qui peuvent conforter notre place dans le concert des nations et affermir notre souveraineté », a-t-il déclaré.
S’il est vrai que l’école est un des leviers par excellence au moyen desquels la souveraineté s’obtient, il va bien falloir aller vers une transformation en profondeur de notre système éducatif, a-t-il ajouté.
« L’émergence d’une école au service de la souveraineté commence aussi par un approfondissement de l’intégration des langues nationales dans notre système éducatif », a-t-il lancé.
Sur les pas de Cheikh Anta Diop
Selon le Prof. Waly Ba, tout ceci a déjà été prévu par l’illustre visionnaire Cheikh Anta Diop qui voyait en l’enseignement des langues nationales dans les écoles et universités un moyen de désaliénation du peuple noir. Ce penseur africain a, dans sa riche œuvre, tracé la voie pour une Afrique puissante et fondée sur ses propres valeurs mais, jamais, ses prescriptions sur l’histoire de l’Afrique, sa sortie de l’aliénation culturelle et l’industrialisation, n’ont jamais été prises en compte. Les pays africains, depuis l’indépendance, ont toujours continué à se regarder dans le miroir des autres, au détriment des enseignements que renferment les grandes civilisations qui ont fait leur preuve dans l’Antiquité et au Moyen-Âge.
Pour le professeur Ba, élever les langues africaines au rang de langues d’enseignement ne vise pas seulement à améliorer l’efficacité de l’apprentissage mais aussi à décoloniser culturellement l’éducation. « Les langues véhiculant les cultures de leurs origines, celles étrangères sont souvent en décalage avec nos propres valeurs, ce qui crée une dissonance culturelle chez nos élèves », a ajouté le professeur.
Un changement radical qui appelle des efforts
Selon les informations, le ministère sénégalais de l’éducation nationale a décidé d’accélérer et de généraliser l’introduction des langues nationales dans le système éducatif. Un changement radical ! Il faut donc, a souligné le professeur, se tourner vers le Sénégal pour les besoins scolaires et les projets de recherche. Il faut, a-t-il proposé, développer des stratégies d’autofinancement notamment des modes de financements innovants des mesures de l’éducation.
« Tant que, pour les besoins de la conception et de l’édition de nos manuels scolaires, nous continuerons à ressentir la nécessité de bénéficier de subventions extérieures, si minimes soient-elles, il est fort à parier que nous pourrions rester figés à une forme subtile mais persistante aliénation intellectuelle », a-t-il marqué.
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