mercredi, août 12, 2026
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    Au Ghana, un parlement panafricain des jeunes pour peser sur la démocratie

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    Depuis 1999, la Journée internationale de la jeunesse est célébrée tous les 12 août. Une journée qui met en lumière les défis et le rôle des jeunes dans la société. L’édition de cette année coïncide avec la tenue quelques jours plus tôt de la session inaugurale du Parlement panafricain des jeunes pour la démocratie avec un objectif affiché : ne plus laisser les décisions démocratiques se prendre sans eux.
    Du 3 au 5 août s’est tenue à Accra la session inaugurale du Parlement panafricain des jeunes pour la démocratie. L’événement a été co-organisé par la Fondation de l’innovation pour la démocratie, à l’initiative du Parlement panafricain des jeunes, Parliamentary Network Africa et la National Youth Authority du Ghana, avec le soutien du Parlement ghanéen et de plusieurs partenaires institutionnels et diplomatiques.
    Venus de toute l’Afrique et de la diaspora européenne, 13 des 14 jeunes parlementaires élus à l’issue d’un vote organisé en ligne du 3 au 9 juillet dernier ont pris part aux travaux, épaulés par une délégation de jeunes Ghanéens.
    Ngang God’swill, l’un des 14 jeunes parlementaires élus pour la zone Afrique centrale, affirme au sortir des échanges faire « confiance à la jeunesse pour porter le développement dont ce continent, et mon pays, le Cameroun, ont urgemment besoin. » Même tonalité chez Julia Somé, du Burkina Faso et parlementaire élue pour la zone Afrique de l’Ouest, qui affirme croire « de plus en plus que notre génération a une force particulière : nous avons la possibilité de nous rencontrer au-delà des frontières, de croiser nos expériences et de transformer nos différences en intelligence collective. » Un optimisme partagé par Badal Fohmoh, du Cameroun, membre du programme des Jeunes ambassadeurs de la démocratie, elle aussi présente à Accra. « Je rentre avec la certitude que les lignes bougent », affirme-t-elle.
    « J’ai acquis de nouvelles perspectives, partagé mes idées et rencontré d’autres jeunes leaders. Plus important encore, j’ai compris que les jeunes ne doivent pas seulement être considérés comme les leaders de demain, mais qu’ils doivent également avoir une voix significative dans la prise de décision aujourd’hui », souligne Thomas Obeng Danso, membre de la délégation du Ghana, à l’issue des trois jours de travaux.
    Un symbole assumé
    Le choix du lieu et de la date et du lieu n’a rien d’anodin. Août est le mois de la jeunesse au Ghana, et le 12 août marque la Journée internationale de la jeunesse des Nations Unies. Surtout, Accra reste associée à l’histoire des indépendances africaines et à la naissance du panafricanisme. Un héritage que les organisateurs revendiquent explicitement.
    Premier pays d’Afrique subsaharienne à accéder à l’indépendance en 1957, le Ghana s’est affirmé, sous l’impulsion de Kwame Nkrumah, comme l’un des principaux foyers intellectuels du panafricanisme moderne. « Le choix du Ghana comme pays hôte de cette édition inaugurale revêt une portée historique, symbolique et stratégique particulière », résume Arlande Aroukoun, responsable du laboratoire Nord Portes de l’Europe de la Fondation de l’innovation pour la démocratie.
    Trois axes de travail et des propositions soutenues par des personnalités
    Structurés autour du thème « Une démocratie qui mise sur l’énergie des jeunes », les échanges ont porté sur trois axes : miser sur l’énergie de la jeunesse, faire confiance aux jeunes pour changer le monde, et leur donner les ressources pour y parvenir.
    Les participants ont planché sur les défis démocratiques du continent, la place des jeunes dans les processus de décision, et les conditions d’émergence de sociétés africaines plus inclusives et résilientes. Selon les organisateurs, ce parlement constitue un espace dédié à la génération d’idées, à la construction de réseaux et au développement du leadership démocratique. Il vise à formuler des propositions et à affirmer une citoyenneté panafricaine renouvelée, susceptible de faire émerger des réponses africaines aux défis démocratiques contemporains.
    Sur un plan plus concret, face aux conflits et à l’insécurité que connaît le continent africain, les jeunes ont décidé de mettre sur pied un groupe qui travaillera exclusivement sur ces questions. Ils ont d’ailleurs reçu le soutien de la Botswanaise Mpule Kgetsi, ancienne Ambassadrice de la jeunesse de l’Union africaine pour la paix pour l’Afrique australe, qui a promis de mettre son expertise au service de ce groupe. Autre soutien de poids : celui de la Sud-Africaine Bonolo Makgale, spécialiste des questions de démocratie, de gouvernance et d’engagement citoyen, qui a proposé de faciliter les mises en relation avec d’autres parlementaires et initiatives du Parlement panafricain, pour les jeunes souhaitant approfondir leur connaissance de l’institution ou rejoindre des dynamiques existantes ».
    Des personnalités qui apportent leur appui
    D’autres personnalités présentes ont elles aussi tenu à apporter leur soutien à cette initiative, à l’exemple de l’Ambassadrice de France au Ghana, Diarra Dimé Labille, qui s’est engagée à créer, avec les partenaires, un espace de dialogue de haut niveau entre jeunes, institutions et monde diplomatique. Elle a également rappelé la place particulière du Ghana dans l’histoire démocratique du continent.
    De son côté, Scyrielle Philomène Sende Etali, Administratrice Directrice générale de l’Agence gabonaise pour le développement de l’économie verte, est revenue sur la jeunesse comme un moment charnière : garder sa capacité à s’émerveiller, à découvrir, à s’interroger, mais aussi utiliser ce temps avec sagesse pour préparer la suite. Elle a invité les jeunes à se demander ce qu’ils aiment, ce qu’ils veulent pour eux-mêmes, et comment tracer le chemin vers ce qui compte réellement. Au regard de son rôle à la tête de cette agence, on peut aussi y lire un signal : l’économie verte constitue une voie importante pour la formation, l’employabilité et l’accès des jeunes à des emplois dignes.
    Les travaux ont également été marqués par la présence du Très Honorable Bernard Ahiafor, First Deputy Speaker du Parlement du Ghana, et d’Osman Abdulai Ayariga, Directeur général de la National Youth Authority.
    Une déclaration comme pacte d’engagement en préparation
    À l’issue des travaux, les participants ont signé un communiqué final scellant leur engagement à rédiger ensemble la Déclaration d’Accra, dont la présentation officielle est prévue le 15 septembre 2026, Journée internationale de la démocratie. Le texte devrait porter sur la participation des jeunes aux décisions publiques, l’accès à des moyens de subsistance dignes et à l’énergie, la lutte contre la désinformation, et les défis climatiques.
    Une initiative qui s’inscrit dans un contexte de recomposition démocratique
    Cette initiative intervient dans un contexte où près de 60 % de la population africaine selon les estimations des Nations Unies a moins de 25 ans, faisant du continent le plus jeune du monde, alors même que les canaux institutionnels de participation politique restent largement dominés par des générations plus âgées. Elle fait écho à des cadres existants, comme la Charte africaine de la jeunesse adoptée par l’Union africaine en 2006, mais s’en distingue par son ambition de créer un espace de représentation directe et élue, plutôt que consultatif. Dans un contexte marqué par une succession de coups d’État en Afrique de l’Ouest et centrale et par une défiance grandissante envers les processus électoraux classiques, ce pari sur une jeunesse organisée et légitimée par le vote peut se lire comme une tentative de renouveler les formes de participation démocratique, sans pour autant garantir, à ce stade, une influence réelle sur les processus décisionnels formels des États membres. La présence, parmi les soutiens, d’une responsable de l’économie verte gabonaise n’est d’ailleurs pas anodine : ce secteur constitue aujourd’hui l’une des voies les plus concrètes pour la formation, l’employabilité et l’accès des jeunes africains à des emplois dignes.
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