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Continent très riche en ressources humaines (1,3 milliard de personnes) et minières (500 millions d’hectares de terres arables avec ressources minières à foison), l’Afrique avec ses 30 millions de Km² continue de tirer le diable par la queue. C’est le continent sur lequel il y a plus de misère, de famine, de chômage et les pires situations inhumaines. Aucune raison ne justifie cet état des choses en Afrique, pense Prof. Kako Nubukpo.
L’ancien ministre togolais de l’évaluation des politiques publiques et ancien commissaire de l’UEMOA, dans une interview accordée à France 24, est de ceux qui pensent que cette situation justifie les récents coups d’Etat au Burkina Faso, au Mali et au Niger. Pour lui, c’est la jeunesse africaine qui semble reprendre en main la situation.
« La jeunesse africaine a une forte demande d’émancipation. Les solutions qui sont traditionnellement proposées notamment dans le cadre de nos relations avec nos partenaires au développement, semblent insuffisantes. Et du coup, on a l’impression que la jeunesse africaine a décidé prendre les choses en main et donc de construire une alternative », note-t-il.
Au sein de cette jeunesse africaine, souligne l’économiste, il y a les militaires et les sociétés civiles qui s’organisent.
Pour Kako Nubukpo, les dirigeants africains qui ont suivi les premières élites des indépendances éliminées, ont été des dirigeants ‘fantoches’ de la France-Afrique. Ils n’ont jamais eu les instruments du développement économique, soutient-il. Pour le prouver, il prend exemple sur la situation du franc CFA qui, selon lui, est « une monnaie pilotée de l’extérieur par l’extérieur et pour l’extérieur ». Le second exemple de l’économiste est le budget, un levier économique que ces dirigeants ne maîtrisaient pas.
« Ils sont restés dans un dyptique mortifère, c’est-à-dire un néolibéralisme qui n’est absolument pas la bonne voie pour nous et un extractivisme qui consistait à exporter sans transformation sur place nos matières premières », a-t-il ajouté.
Selon M. Nubukpo, à l’analyse des récents coups d’Etat, on tombe sur la recherche d’une voie de développement de l’Afrique. Mais, il reproche aux élites africaines actuelles d’être prises entre 2 injonctions, externe (le positionnement en ce qui concerne le retour des blocs) et interne (les jeunes africains sont en forte demande d’éducation et d’emplois).
Une solution proche de la Maât et de l’Ubuntu
Pour sortir de l’ornière, l’Afrique, selon Kako Nubukpo, doit assumer son non-alignement et organiser une sorte de conférence de Bandoeng (1955) avec à l’idée de construire par elle-même les ressorts de son développement, avec des politiques publiques beaucoup plus ambitieuses qui créent une forme d’égalité jamais eue.
L’idée de cet économiste togolais se rapproche de la Maât égyptienne ou de l’Ubuntu bantou, 2 organisations sociales qui mettent l’humain au centre de tout. Le travail qui doit être fait aujourd’hui, explique-t-il, c’est d’articuler les institutions avec les modalités africaines de production et d’échange. « Il faut une gouvernance polycentrique, c’est-à-dire aller à la base pour retrouver l’intelligence du terrain et le droit ne peut pas être le doit univoque imposé. L’Afrique doit retrouver son impératif de solidarité, de co-construction, de partage et de préservation des écosystèmes naturels, des valeurs que le capitalisme a détruites ces 3 derniers siècles », précise-t-il.
Selon lui, il s’agit d’une toute autre philosophie basée sur l’horizon indépassable de l’univers, loin du capitalisme et faite de la construction de relations apaisées, humaines et le meilleur partage des ressources dont dispose l’Afrique.
« L’économie ne peut pas résoudre le problème de l’Afrique. Il faut éviter le billet économiciste. Il faut d’abord partir d’une vision partagée en ensuite l’économie peut être un outil parmi d’autres pour nous permettre d’atteindre nos objectifs », indique-t-il.
Ce dont parle Kako Nubukpo est très loin de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). Selon lui, l’idée de ce marché n’est pas mauvaise mais derrière, il y a beaucoup d’institutions sous-entendues politiques.
Kako Nubukpo a ainsi décliné les solutions qu’il propose dans son dernier livre intitulé ‘l’Afrique et le reste du monde, de la dépendance à la souveraineté’. Le Togolais est-il en train de proposer à ses frères et sœurs africains de se réunir en un seul Etat comme l’ont déjà fait plusieurs penseurs africains ?
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