mardi, juillet 28, 2026
1banCdkGroupbon
2webbannerbon
23CDKmigosbon
previous arrow
next arrow
More

    Préjugé ! ‘Les Africains n’ont pas d’histoire’ (un texte écrit par un média occidental)

    - Advertisement -
    Malgré les nombreux travaux sur l’histoire de l’Afrique depuis des années 1950, la considérant dans toute sa diversité culturelle, le préjugé occidental d’un continent sans histoire continue de biaiser nos représentations, jusque dans certains discours présidentiels.
    Lorsqu’en juillet 2017, le président Nicolas Sarkozy prononce un discours à Dakar et déclare que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », il perpétue un préjugé très ancien. D’après l’historienne Bénédicte Savoy, ‘l’idée que les Africains n’ont d’histoire’ serait née en Europe bien avant la colonisation africaine. Comme pour une grande majorité de préjugés, c’est encore et toujours l’ignorance qui en est la cause.
    Un continent ignoré par les Européens
    Dès 1668, le géographe hollandais Olfert Dapper dresse le constat d’une absence totale d’intérêt des Européens pour le continent africain : « Les Anciens n’ont jamais connu en fond ce continent, si ce n’est du côté qui touche à la Méditerranée », écrit-il, « ils n’en parlaient que par conjecture ou par ouï-dire. (…) Comme la plus grande partie de l’Afrique est située sous la zone torride, et que les Anciens s’imaginaient que les pays qui correspondaient à cette zone étaient inhabitables à cause de l’ardeur excessive du soleil, ce préjugé les empêchés de travailler à la découverte des parties intérieures de cette presqu’île ». L’idée d’un climat hostile (en soi fausse) est donc l’origine du préjugé d’une Afrique sans histoire, à quoi l’ignorance de la langue et la méconnaissance des sources arabes, notamment les précieuses descriptions qu’Ibn Khaldoun a rédigées au 14ème siècle.
    Jusqu’au 20è siècle, à part quelques ouvrages, l’Europe ignore tout des empires des Songhaï, du Ghana ou du Mali, des royaumes Mossi, Bamabara ou peul, de leurs technologies sophistiquées, de l’extraction et du commerce de l’or, des échanges de biens, de personnes et d’idées au sud du Sahara depuis l’Antiquité.
    Hegel et l’idée d’un ‘monde anhistorique’
    La colonisation massive du continent africain, à partir de la fin du 19è siècle, achève d’ancrer ce préjugé à travers toute l’Europe. Il se répand d’autant mieux qu’il est énoncé dès les années 1820 par un éminent philosophe depuis Berlin, Hegel – qui n’a pratiquement jamais voyagé hors de l’espace germanophone – et qui écrit avec aplomb dans La Raison dans l’Histoire que « l’Afrique, aussi loin que remonte l’histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du monde ». Il ajoute que « c’est le pays de l’or, replié sur lui-même, le pays de l’enfance qui, au-delà du jour de l’histoire consciente, est enveloppé dans la couleur noire de la nuit (…) Ce que nous comprenons en somme sous le nom d’Afrique », écrit-il encore, « c’est un monde anhistorique non développé, entièrement prisonnier cde l’esprit naturel et dont la place se trouve encore au seuil de l’histoire universelle ».
    Un préjugé qui légitime le pillage des œuvres africaines
    Malgré les nombreux travaux sur l’histoire de l’Afrique depuis les années 1950, dans toute sa diversité culturelle, le préjugé d’un continent sans histoire continue de polluer nos mentalités occidentales. « Assurément, les Africains ont une histoire », conclut Bénédicte Savoy, « c’est une histoire que l’on s’emploie depuis des siècles à ignorer et qui n’est pas enseignée dans les écoles, comme pour laisser au préjugé son pouvoir de perdurer ».
    L’un des prolongements les plus tenaces de ce préjugé consiste à affirmer que les Africains n’auraient pas non plus d’art ou n’auraient pas conscience d’en avoir un. Voilà un argument fallacieux mais très efficace pour légitimer le pillage par les colons des œuvres africaines au 19è et au 20è siècle. Cette présomption d’ignorance s’accompagne tout naturellement d’une présomption d’incapacité à conserver son propre patrimoine artistique, justifiant ainsi le maintien en Europe des œuvres d’art africaines pillées à l’époque coloniale.
    Texte à écouter et publié en mode écrit sur www.radiofrance.fr le lundi 22 juillet 2024
    - Advertisement -

    ARTICLES RÉCENTS

    Latest Posts

    9tecno2bon
    9tecno3bon
    13Kmigosbon
    previous arrow
    next arrow