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Depuis le 13 mai, des émeutes embrasent la Kanaky, (Nouvelle-Calédonie appellation coloniale). Les premières émeutes depuis 36 ans. Une révolte ou une insurrection provoquée par l’annonce, en avril dernier, du dégel du corps électoral calédonien par le régime d’Emmanuel Macron. Un dégel qui va définitivement fermer la page de la décolonisation de ce territoire appartenant aux Kanaks, des noirs. Un territoire qui n’est pas outre-mer français mais plutôt inscrit depuis décembre 1986 sur la liste des territoires à décoloniser des Nations Unies.
De cette révolte conduite par des jeunes kanaks, on compte plusieurs morts dont 2 gendarmes (l’un tué par son propre frère d’arme) et des dégâts matériels importants. Si on annonce aujourd’hui un semblant de calme, la situation reste toujours tendue avec plusieurs quartiers détenus par les manifestants. En France, des députés accusent le gouvernement français d’avoir mis le feu aux poudres en voulant, par un projet de loi constitutionnelle, dégeler le corps électoral fixé depuis 1998 sur ce territoire dit non autonome par l’ONU. D’autres députés reprochent au gouvernement français ses visées colonialistes sur ce territoire. Pour ces derniers, la France est dans une autre perspective, la même qu’aux Antilles françaises dans le sens où il y a une volonté de procéder au ‘grand remplacement’. Un scénario qu’Aimé Césaire avait clairement identifié.
En Kanaky, la situation est des plus inquiétantes. Tik Tok et d’autres réseaux sociaux sont coupés sur l’archipel. Veut-on contenir la répression contre le peuple kanak et éviter la circulation des images des atrocités sur ces réseaux ? Dans certains médias français, on présente les révolutionnaires comme des alcooliques, des drogués et des désœuvrés qui installent le chaos, juste pour piller. Ne doit-on pas leur donner l’opportunité de s’exprimer ? Pourquoi, avant l’introduction de ce projet de loi ceux qui sont censés être des alcooliques, des drogués et autres ne bloquaient pas les voies et c’est en ce temps précis qu’ils le font ? Pourquoi pendant 36 ans, c’est maintenant qu’on parle de blocage de voies ?
Un jeune tué par balle au volant de sa voiture
Des voix reprochent aussi à certains médias de montrer les révolutionnaires à visage découvert alors que pour les milices blanches qui disent se protéger, on dissimule le visage.
Christian Karembeu, un Kanak et ancien joueur de l’équipe française de football dit avoir perdu 2 membres de sa famille dans cette révolte. Ils sont tués, dit-il, par des snipers. ‘Ce sont des snipers. On espère qu’il y aura des enquêtes et des investigations sur ces meurtres’, a-t-il lancé sur un média.
Le silence assourdissant de l’élite africaine
Dans de pareilles situations, l’Afrique brille toujours par un silence qui ne dit pas son nom. Comme toujours, aucun président ne réagit. L’Union africaine s’efface totalement, ses institutions ne disent mot.
Et pourtant, comme d’autres sujets, la situation du territoire kanak les concerne au plus haut point. Des noirs qui se retrouvent premiers sur un territoire à des milliers de kilomètres de l’Afrique, confirment encore la thèse monogénétique que les professeurs Cheikh Anta Diop et Théophile Obenga ont défendu en 1974 au colloque du Caire et qui leur a permis de clouer le bec aux pseudo-grands égyptologues occidentaux. Une thèse et un colloque dont on ne fait jamais mention dans les écoles et universités africaines.
Des référendums pour quoi faire ?
Pour comprendre ce qui se passe en territoire kanak, il faut remonter très loin dans le temps. Territoire situé dans le pacifique sud, à environ 1200 km à l’est de l’Australie, cet archipel a une superficie de 18575,2 km².
En 1774, un Anglais dit l’avoir découvert. Entre 800.000 et 1 million de Kanak y vivaient en ce temps, selon les informations. Leur origine sur ces terres remonte à au moins 3000 ans. La France prend possession de ce territoire par la force en 1853 pour y fonder une colonie pénitentiaire. Elle y envoyait des prisonniers politiques dans des bagnes. Même après leur libération, les ex-prisonniers sont obligés de rester sur place, on les motivait avec des terres retirées aux autochtones. Il s’agissait d’une sorte de colonisation de peuplement avec une visée non cachée, rendre minoritaire le peuple autochtone. La France a par la suite encouragé l’arrivée de nouveaux habitants pour s’assurer que les Kanak deviennent minoritaires.
Des révoltes ont eu lieu contre l’administration coloniale en 1878 et en 1921. On passe de 50.000 kanaks vers 1850 à 27.000 en 1921.
Pour apaiser la situation, il y a eu des négociations aboutissant en 1988 à l’accord de Matignon et en 1998 à la signature de l’accord de Nouméa qui reconnait l’identité kanak et prévoit des référendums d’accession à la pleine souveraineté des Kanak. Le processus de décolonisation est ainsi enclenché. Les 3 référendums prévus par les accords ont conduit à un ‘non’ à l’indépendance.
Comment veut-on qu’un territoire en instance de décolonisation devienne un jour autonome, alors que le corps électoral est composé d’autochtones indépendantistes minoritaires (41%) et ceux qui se sentent proches de la France (non-indépendantistes) majoritaires. Comment veut-on que les loyalistes qui ne sont autres que des descendants de colons puissent permettre à ce que ce territoire devienne un jour autonome alors que la question qu’on leur pose, est s’ils veulent l’indépendance ou s’ils veulent être à tout jamais territoire français ? Pourquoi l’ONU ne dit rien ? Pourquoi les loyalistes ne regagnent pas tout simplement leur territoire qui est la France ?
En effet, il y a tellement de questions qui se posent. La question même du référendum ne devrait pas exister, si tant est que ce territoire en instance de décolonisation devrait accéder à l’indépendance. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la situation de ce territoire dit non autonome cache mal l’incohérence et l’inconsistance d’Emmanuel Macron qui, en 2017, affirmait en Algérie que la colonisation est un crime contre l’humanité.
Cette duplicité de langage ne date pas d’aujourd’hui. La France a colonisé plusieurs pays africains. Le constat est que ni la France ni aucun autre pays colonisateur n’ont accepté simplement la décolonisation. C’est au prix d’une lutte acharnée contre le colon que les pays africains obtiennent toujours l’indépendance.
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