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Du 30 janvier au 8 février 1944 a eu lieu la conférence de Brazzaville. Une conférence initiée en pleine guerre dite mondiale par le général Charles de Gaulle, alors chef du Comité français de libération nationale (CFLN). Une conférence qui a réuni les gouverneurs généraux et les gouverneurs de tous les territoires africains français, des experts et des observateurs des territoires de l’Afrique du Nord, et qui a décidé pour les Africains. Sans la présence des Africains.
Il s’agissait pour les participants à cette conférence de proposer au pouvoir politique français des mesures destinées à établir, sur des bases nouvelles, la mise en valeur des territoires de l’Afrique équatoriale et de l’Afrique occidentale dites françaises. Ce 8 février, cela fait exactement 80 ans que cette conférence a pris fin.
« Vous étudierez ici, pour les soumettre au gouvernement, quelles conditions morales, sociales, politiques, économiques et autres vous paraissent pouvoir être progressivement appliquées dans chacun de nos territoires, afin que, par leur développement même et le progrès de leur population, ils s’intègrent dans la communauté française avec leur personnalité, leurs intérêts, leurs aspirations, leur avenir. Messieurs, la conférence africaine française de Brazzaville est ouverte », disait le général à l’ouverture de cette conférence qui allait décider du sort des Africains sans les Africains, comme s’ils avaient été des enfants dont on prenait soin.
A la fin de cette conférence consacrée à l’avenir des territoires africains appartenant à la France, il avait été décidé entre autres le développement de l’enseignement dans la langue française au détriment des langues locales, la fin progressive du travail forcé et de l’indigénat, la création d’un système d’assistance sociale. A toutes ces mesures s’ajoute l’assimilation qui suppose que les peuples colonisés doivent progressivement adopter la culture et les valeurs du colonisateur, afin, pense le colonisateur, de devenir à terme comme lui.
A ce propos, il faut souligner que les territoires colonisés étaient déjà, de longue date, à commencer par l’esclavage jusqu’à la colonisation proprement dite, soumis à l’assimilation religieuse. Elle a été le début de toute assimilation. Celle organisée par le général français est d’ordre politique, économique et social, comme il le dit si bien dans son discours.
C’est ainsi que quittant l’administration directe parce qu’étant onéreuse, infructueuse et combattue, le colon se fait remplacer par l’élite africaine, c’est-à-dire celle qui a été à l’école des blancs et qui vit comme les blancs. Ainsi commença l’administration indirecte. C’est ainsi que naissent dans nos pays les premières assemblées locales et les autres institutions dites de la République comme les Premiers ministres, le gouvernement, le président de la République etc, dans une Afrique qui traditionnellement, a connu les plus grands et célèbres royaumes et empires constitutionnels.
Dans la foulée, tout cela est accompagné de guerres, de guerres civiles, de dictatures, de pauvreté, de malnutrition, de génocides, de massacres, de tortures et des assassinats de personnalités symbolisant l’émancipation de l’Afrique comme le souligne si bien François-Xavier Verschave dans ‘que fait la France en Afrique ?’.
« La situation catastrophique de l’Afrique francophone soulève de nombreuses questions. Pourquoi tant de misère dans des pays si riches en matières premières ? A qui profite l’argent du pétrole, de l’uranium, du diamant, du bois, des minerais ? », se demande-t-il.
Une assimilation d’actualité 80 ans après
Il faut rappeler que l’une des premières décisions qui a suivi cette conférence, est la création par décret du franc CFA, le 25 décembre 1945, par le même général de Gaulle, non plus comme chef du CFLN mais comme président de la France libérée du joug nazi. 79 ans après, cette monnaie est toujours utilisée par 15 pays africains, dont 8 en Afrique occidentale et 6 en Afrique centrale.
80 ans après cette conférence et plus de 60 ans après les indépendances, les systèmes politique, éducatif, judiciaire, sanitaire, professionnel etc, sont toujours restés calqués sur le modèle français. Cette question d’assimilation est toujours d’actualité. Dans les universités africaines censées être des temples du savoir, n’en parlons pas ! Même les travaux relatifs aux soutenances sont calqués sur le modèle blanc, toutes les références citées sont venues d’ailleurs. Et c’est en grands connaisseurs que les enseignants y enseignent les théories, modèles et institutions venus d’ailleurs. Aujourd’hui, on court derrière la démocratie comme la panacée à nos problèmes. Et quelle démocratie ?
Il y a un individualisme qui ne dit pas son nom. Cet individualisme acquis et dans lequel baignent désormais les populations africaines, a pris la place du social et du communautaire qui caractérisaient l’Afrique.
Sur le plan religieux, la grande majorité, même ceux à qui on attribue abusivement le titre d’intellectuels, y compris les politiques, se sentent mieux dans les religions importées. Ceux qui sont dans le culte des ancêtres sont encore très mal vus.
Sur le plan vestimentaire, ceux qui sont adulés ont pour code vestimentaire les marques occidentales. Les couturiers de nos pays trainent encore le diable par la queue. Tous les efforts qui sont faits dans ce domaine ne s’arrêtent en réalité qu’à de belles paroles. Pas de grandes actions !
Bref, c’est la vie de chaque jour qui est touchée. Et pourtant, l’assimilation voulue par le général de Gaulle a bien pris fin depuis.
« Ce mal est profond en Afrique et s’il nous atteint aussi profondément, c’est parce que ce continent a été complètement assimilé et ceci au niveau de tous les ordres : religieux, politique, économique et social. Aucun autre peuple sur terre n’a vécu une telle assimilation, aucun ! », dit Kayemb Nawej dans son livre ‘le poison blanc’.
Que faire ?
Ce ne sont pas des solutions qui manquent. Ils sont nombreux ces penseurs qui se sont penchés sur les problèmes africains afin de proposer des solutions. Mais les dirigeants africains et même les populations dans une certaine mesure, ne semblent intéressés par ces solutions. Et pourtant des écrits de l’Allemand Viktor Frobenius et de l’Arabe Ibn Batouta, respectivement sur la période précoloniale et pré-esclavage, on retient que l’Afrique, la vraie, n’a rien à envier à qui que ce soit. On peut multiplier les exemples.
En guise de solutions, Molefi Kete Asante, dans son livre ‘l’afrocentricité et l’idéologie de la renaissance africaine’ fait savoir ceci : « la rupture du lien qui nous unit à l’histoire et à la culture est la source de tous les problèmes contemporains de l’Afrique et la seule solution qui vaille, est un retour vers les sources classiques et traditionnelles de la culture africaine ».
Bien avant lui, Cheikh Anta Diop écrivait dans ‘Civilisation ou barbarie’ les mots qui suivent : « pour nous, le retour à l’Egypte dans tous les domaines est la condition nécessaire pour réconcilier les civilisations africaines avec l’histoire, pour pouvoir bâtir un corps de sciences humaines modernes, pour rénover la culture africaine. L’Egypte jouera, dans la culture africaine repensée et rénovée, le même rôle que les antiquités gréco-latines dans la culture occidentale ».
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