mercredi, septembre 9, 2026
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    Médard Délali Avegnon : ‘le vodou n’est pas ça !’

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    Le jeudi 25 janvier prochain, un Togolais va, au cours d’un café littéraire, dédicacer un nouvel ouvrage intitulé ‘le vodou n’est pas ça !’. Ce livre de 212 pages réparties en 4 chapitres, édité chez ‘L’oracle’, définit le vodou comme la culture de la protection de la vie. L’auteur, Médard Délali Avegnon,  un enseignant-chercheur, maître de conférences de littérature orale et Directeur des études de l’Ecole normale supérieure (ENS) d’Atakpamé, y fait voyager le lecteur dans les vertus à célébrer et les vices à chasser.
    Dans cette interview exclusive accordée à Global Actu, il donne un avant-goût du contenu de cet ouvrage, le 4ème qu’il propose.
    Global Actu : que voulez-vous dire dans cet ouvrage ?
    Médard Délali Avegnon : en fait, quand on prend cet ouvrage et son titre, souvent ça déroute parce que les gens pensent que je parle du vodou en étude anthropologique, ce qui n’est pas le cas. Moi, je parle du vodou autrement, parce que c’est une fiction qui permet de montrer les mauvais côtés que les gens utilisent et qui font que le vodou n’est plus perçu comme ce qu’il devrait être mais comme un objet de malfaisance.
    Dans le même ouvrage, il y a une autre histoire annexe dont le titre est ‘l’argent du macchabée’.
    Le vodou n’est pas ça ! Le vodou est quoi alors ?
    Le vodou, en fait, c’est un système de pensée, c’est une philosophie. Et donc, en tant que système de pensée, il a généré des pratiques, lesquelles peuvent être de bonnes pratiques, si on est conscient que le vodou est par essence la protection de la vie. Mais au cas où on prend le vodou comme une divinité ou des divinités qui peuvent faire du mal, et c’est ce qu’on voit le plus souvent parce que des gens cultivent des intérêts immondes, on se rend compte que l’idée première qui est la culture de la protection de la vie, n’est plus respectée.
    Je me résume, le vodou est un système de pensée, c’est une philosophie qui a généré des pratiques. Et c’est au niveau des pratiques qu’on va voir la divergence entre le bon et le mauvais.
    Est-ce que vous êtes pratiquant ?
    Non, je ne le suis pas.
    Et d’où tenez-vous cette connaissance du vodou ?
    C’est parce que depuis la maîtrise, ma spécialité c’est la littérature orale et la littérature orale religieuse. Depuis la maîtrise, j’ai travaillé sur le vodou et sur l’environnement vodou. Il y a même un livre, le troisième de moi qui a paru vendredi dernier dont le titre est ‘la parole sacrée chez les Eve’.
    Entre le vodou et les religions importées, que choisissez-vous ?
    Je ne choisis aucun et je ne laisse aucun parce que c’est une question de vision. Avant que je n’arrive aux études sur le vodou, j’ai été chrétien, séminariste mais cela ne m’empêche pas d’approcher le vodou pour le comprendre. Et le fait de comprendre aujourd’hui le vodou ne m’empêche pas non plus aujourd’hui de continuer par être chrétien parce que j’ai une approche scientifique de la chose et à la fin je choisis, même si je m’aperçois que dans le vodou, il y a des principes qui protègent la vie et que parfois même vodouisant est meilleur au chrétien sur certains points. Je ne vais pas choisir le vodou, j’ai déjà fait un choix de départ, je reste dans mon choix mais je m’efforce de connaître l’autre monde également et d’expliquer ce qui se passe.
    Que pensez-vous lorsqu’on dit qu’un noir africain qui choisit une des religions importées qui nous ont été imposées lors de l’esclavage, de la colonisation ou de toute autre invasion, est un traitre à la mémoire de ses ancêtres ?
    Ma réaction est toute simple. Le christianisme et les autres religions révélées qui nous ont été apportées, l’ont été dans un faux discours. Ce n’est pas la religion qui est mauvaise. C’est le discours qui les a accompagnées et les a installées qui n’est pas bon. C’est pourquoi aujourd’hui, on peut être chrétien mais il faut ré-évangéliser, il faut choisir un autre discours qui dise effectivement ce qu’est le christianisme. Ne pas mettre le christianisme en avant et faire autre chose parce qu’au départ, la religion a été imposée non pas pour que nous connaissions Dieu mais pour nous exploiter. Et c’est quand on continue de montrer ce même discours-là que je dis que l’Africain qui se dit chrétien ne l’est vraiment pas, parce qu’il ne comprend pas exactement ce qu’il fait. Il faut donc changer de discours. Si on change de discours, celui qui comprend est convaincu et restera chrétien, celui qui comprend le vodouisme et est convaincu, restera vodouisant, sans qu’il n’y ait conflit entre les deux.
    Je prends toujours un exemple : vous ne verrez jamais des vodouisants de telle divinité ou telle autre se quereller parce que l’un est de Hebioso, l’autre de Dan et un autre est de Sakpatè. On ne voit jamais ça. Par contre, entre les chrétiens, quelle n’est la surprise des déchirures qu’on voit. Au sein même de la même église, il y a des déchirures et c’est mauvais. C’est une question de discours et de vision à refonder. Aujourd’hui, les noirs qui sont à la tête des religions en Afrique, il faudrait qu’il change de discours. Que le discours colonialiste qui a trafiqué la vision du christianisme soit revu.
    A qui est destiné cet ouvrage ?
    ‘Le vodou n’est pas ça !’ est un roman et donc il s’adresse à tout le monde, chacun y trouve pour son compte. Et quand le lecteur le parcourt, il verra que j’ai inspiré dans ce roman beaucoup de proverbes, de récits et de chants que j’ai tirés du monde vodou. C’est pour que nous puissions voir que notre culture a des  richesses. Nos grands-parents n’ont pas été des intellectuels, des lettrés mais ils ont été des intellectuels savants. Ce  qui veut dire que malgré qu’il n’y ait pas eu d’écriture, ils ont, à partir des expériences de la vie, proposé à l’humanité des textes qui servent de modèles et de voir quelles sont les vertus à célébrer et les vices à chasser.
    Un mot de fin
    J’invite le public à lire cet ouvrage et s’il le faut, faire le déplacement de Goethe Institute le jeudi 25 janvier prochain pour que les échanges entre eux qui connaissent et moi qui connais une partie de la chose, puissent nous apporter plus d’éclairage sur notre patrimoine et notre identité.
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