Si Covid-19 ne dictait pas sa loi, ce samedi 30 mai 2020 serait solennel au monde de la presse togolaise. A l’initiative de la section togolaise de l’Union internationale de la presse francophone (UPF-Togo), 200 hommes et femmes de médias devraient se mettre autour d’un grand dîner dénommé ‘Nuit de la presse’, pour finir en beauté le mois de mai dédié à la liberté de la presse dans le monde. A cette rencontre inédite, ils devraient aussi prendre connaissance d’une capsule vidéo.
Une vidéo rendue publique samedi, malgré la non-tenue de cette soirée inédite. On y voit des présidents d’institutions, des ministres, des maires, des spécialistes médias et des acteurs politiques dire ce qu’ils pensent de la presse togolaise et ce qu’on doit faire pour faire avancer ce secteur en proie à plusieurs problèmes.
Le regard des autres acteurs sur le monde médiatique
Selon Florence Kouigan, maire, le monde médiatique est ce 4ème pouvoir qui est l’acteur de l’équilibre.
« Il faut qu’il y ait celui qui appuie sur le levier d’équilibre, qui apporte l’éveil et la capacité d’analyser. C’est une culture permanente, on gagne de petits espaces. Parfois, elle a des avancées mais aussi malheureusement des reculs mais ce qu’il faut retenir, c’est la volonté de toujours progresser », lance-t-elle.
Pour Foli Bazi Katari, ministre en charge de la Communication, la presse est l’Alpha et l’Omega de tout.
« Nous nous posons la question de savoir s’il existe encore des gens qui s’interrogent sur l’importance des médias », s’étonne-t-il.
Brigitte Adjamagbo Johnson, la Secrétaire générale de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) et porte-parole d’un candidat à la présidentielle du 22 février dernier, la presse est un acteur clé des conquêtes qui ont pu avoir lieu jusqu’à présent.
« Elle est appelée à toujours accompagner le mouvement de démocratisation de notre pays », pense-t-elle.
Gilbert Bawara, ministre et porte-parole du gouvernement ne dira pas le contraire. Pour lui, les médias participent à la vie démocratique, sociale et culturelle.
Malgré cette bonne image que tous ces acteurs ont du monde médiatique, pour eux, il reste beaucoup pour affermir ce secteur plus qu’important.
Selon le maire Kouigan, la presse est à l’image du pain. « La presse est le ferment de tout cet édifice qu’on essaie de construire. Si le ferment n’est pas bon, la pâte ne lève pas et la qualité du pain s’en ressent », a-t-elle déclaré ajoutant qu’on ne se perfectionne qu’en s’informant et qu’en se formant. « C’est d’abord une démarche volontaire », a-t-elle ajouté.
Gilbert Bawara dit noter qu’il y a des pas qui ont été franchis au cours des dernières décennies en matière de liberté de presse mais constate ‘avec beaucoup de regrets’, les dérives qui existent parmi les hommes et les femmes de la presse.
Ce n’est pas ce que pense Mme Adjamagbo Johnson. Pour cette opposante, le pouvoir est enclin à instrumentaliser les médias. « Les journalistes ne doivent pas jouer le jeu de ceux qui sont par essence des prédateurs », marque-t-elle.
Le ministre de la communication va encore plus loin : « quand on manipule quelque chose et on n’a pas une idée de l’importance de la chose qu’on manipule, on est un tueur », souligne M. Katari.
A ce propos, Pitalounani Telou, le président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) ne pas du dos de la cuillère. Pour lui, cela est dû à l’implication des politiques dans la gestion des médias.
Ce qu’il faut faire pour sortir de l’ornière
Le président de la HAAC donne d’entrée de jeu un conseil aux journalistes : « que la presse et les médias évitent de tendre toujours la main aux politiques. Il faut qu’on ait de grands groupes de presse. Cela permettrait que les médias soient beaucoup plus viables ».
Le ministre Gilbert Bawara dit ce qui suit : « si la presse elle-même prend conscience parfois des défis auxquels elle doit faire face et elle s’autorégule et s’autodiscipline, on franchira des pas de géants en matière d’épanouissement de la liberté de la presse et en matière de développement de ce secteur ».
Avec sa casquette de spécialiste de média, Toba Tanama pense qu’avant tout, la presse doit pouvoir sortir du carcan pour et contre et de la presse d’engagement.
Pour lui, la presse doit s’interroger elle-même déjà et travailler davantage à se structurer, à devenir plus professionnelle, à élargir sa sphère d’influence, à être très professionnelle et obliger les pouvoirs publics à les considérer par rapport à l’importance qu’ils ont.
« On ne peut pas être une entreprise de presse lorsqu’on vend une demi-page ou une pleine page à 50.000 francs. Cela n’a pas de sens. Il faut qu’on arrive à l’imposer », martèle-t-il.
Et d’ajouter, l’Etat doit accompagner les médias et ces derniers aussi doivent avoir le courage d’imposer des prix aux annonceurs.
C’est aussi l’avis du président de la Cour suprême, Akakpovi Gamatho. « Les journalistes ont aussi besoin d’être soutenus économiquement. On doit veiller à une formation initiale et continue », souligne-t-il.
Cette capsule vidéo, une première, était prévue pour être projetée ce samedi au cours de la ‘Nuit de la presse’, « pour que les hommes et femmes de médias voient ce que pensent d’eux les acteurs de la vie du pays et ceux qui les lisent ». confie Loïc Lawson, le président de l’UPF-Togo.
Malheureusement, pour cause de Covid-19, on ne pourra plus organiser ce dîner autour duquel était prévu 200 journalistes et des acteurs politiques et de la société civile, avec défilé de mode et des prestations d’artistes pour finir en beauté le mois de mai qui est dédié à la liberté de la presse.







