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« Les gens m’admirent lors des conférences et à la télévision, mais ils m’insultent en ligne », explique Aïcha, présentatrice sur une chaîne de télévision locale au Togo. Sur scène, elle incarne la réussite : éloquente, brillante, inspirante. Mais dès qu’elle s’exprime sur les réseaux sociaux, une autre facette de la société se révèle. Messages sexistes, commentaires dégradants, insinuations sur sa vie privée… et parfois, des menaces plus inquiétantes.
Un jour, raconte-t-elle, son numéro de téléphone personnel a été partagé dans un groupe WhatsApp. En quelques heures, elle a reçu des appels anonymes, des messages haineux et même des propositions indécentes.
« À ce moment-là, j’ai compris que ma réussite dérangeait les gens. Mais surtout, qu’elle me mettait en danger », confie-t-elle.
L’histoire d’Aïcha n’est pas un cas isolé. Elle révèle une réalité qui reste largement méconnue en Afrique : le coût numérique de la réussite des femmes.
Quand la réussite fait des femmes des cibles sur Internet
Dans les sociétés africaines, comme ailleurs, les femmes qui réussissent continuent de remettre en question les normes sociales. Mais à l’ère numérique, cette résistance a pris une nouvelle forme : la violence en ligne.
Selon une étude de UN Women , une grande majorité des femmes occupant une fonction publique ont déjà été confrontées à des formes de violence numérique, allant des insultes sexistes au harcèlement organisé.
Les femmes de premier plan, qu’elles soient entrepreneuses, journalistes, militantes ou politiciennes, deviennent des cibles privilégiées. Leur légitimité est remise en cause, leur apparence scrutée et leur vie privée exposée.
Pour l’UNESCO, les femmes journalistes sont particulièrement vulnérables : les campagnes de harcèlement en ligne visent à les intimider, à les discréditer, voire à les réduire au silence.
Le rapport, intitulé « Point de bascule : l’escalade inquiétante des violences faites aux femmes dans l’espace public, », révèle que 70 % des femmes interrogées ont subi des violences en ligne dans le cadre de leur travail. De plus, 41 % des répondantes ont signalé des préjudices hors ligne liés à ces violences.
La violence en ligne dans le contexte du travail

La violence en ligne a des visages humains
Selon Elisabeth Apampa, journaliste, présentatrice, productrice et entrepreneure culturelle togolaise, être une femme visible sur les réseaux, qui prend la parole, qui questionne, qui porte des causes taboues, expose à des harcèlements en ligne.
« Des messages déplacés, des tentatives d’intimidation, des jugements, des interprétations erronées de propos, des personnes qui t’aiment et tombent dans l’excès et t’appel à des heures tardives même sur Messenger pour exposer leurs problèmes. Ou des hommes qui insistent sur des commentaires liées à mes rondeurs etc. Ce sont entre autres, ce par quoi ressemble mon quotidien », raconte Mme Apampa.
Elisabeth Apampa
Elle poursuit qu’elle a même vécu deux usurpations d’identités. « L’un utilisait mon nom pour arnaquer des gens pour un événement payant en ligne et un autre qui remis un format d’une de mes émissions radios et diffusait des informations à l’opposé de ce que je proposais ».
Les femmes visibles comme entrepreneures, journalistes, militantes ou responsables politiques, deviennent des cibles privilégiées. Leur légitimité est contestée, leur apparence scrutée, leur vie privée exposée.
Des attaques qui vont au-delà des simples propos : les données personnelles et la sécurité en jeu
La violence numérique ne se limite pas aux insultes. Elle prend parfois des formes plus graves, telles que la diffusion non autorisée de données personnelles (numéros de téléphone, adresses), le piratage de comptes, la manipulation d’images et les menaces physiques.
Ce phénomène, connu sous le nom de « doxxing », constitue une violation directe du droit à la vie privée. Pour des organisations comme Amnesty International, ces pratiques représentent une grave atteinte aux droits humains fondamentaux, en particulier au droit à la sécurité et à la liberté d’expression.
En Afrique, la situation est exacerbée par des cadres juridiques qui restent insuffisants en matière de protection des données personnelles et de cybersécurité. Les préjudices numériques ou la violence de genre en ligne à l’encontre des femmes en Afrique de l’Ouest connaissent une hausse préoccupante en 2026 ; exacerbés par la transformation numérique rapide et la faiblesse de la réglementation, ils constituent des obstacles majeurs à l’autonomisation économique et politique des femmes.
Plus de 60 % des femmes utilisatrices d’Internet en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale ont été victimes d’une forme ou d’une autre de harcèlement ou d’abus en ligne. En Afrique australe et en Afrique de l’Est, en particulier en Afrique du Sud et au Kenya : bien que les taux de violence numérique soient élevés dans toute la région (28 % des femmes en Afrique subsaharienne signalent des violences en ligne), l’Afrique de l’Ouest est confrontée à un défi plus complexe lié au faible recours à la justice et à une stigmatisation culturelle plus forte.
tfGBV constitue une menace pour la démocratie
Au-delà des expériences individuelles d’agressions en ligne, cette violence a un impact collectif. Elle contribue à créer un climat de peur qui pousse de nombreuses femmes à s’autocensurer.
Certaines réduisent leur présence en ligne. D’autres évitent les sujets sensibles. D’autres encore quittent complètement les espaces numériques. En conséquence, les voix des femmes disparaissent progressivement du débat public.
Cependant, comme le souligne l’Objectif de développement durable n° 16 (ODD 16) des Nations Unies, une société juste et inclusive repose sur la participation de tous à la vie publique. Lorsque les femmes sont réduites au silence, c’est la qualité même de la démocratie qui s’en trouve affaiblie.
La question soulevée par cette violence dépasse le cadre du genre. Elle touche au cœur même des sociétés numériques contemporaines : qui a le droit de s’exprimer librement en ligne ? Et à quel prix ?
Tant que les femmes devront choisir entre visibilité et sécurité, entre réussite et tranquillité d’esprit, l’espace numérique restera profondément inégalitaire.

Source: Wikipedia
Résister et se réapproprier l’espace numérique
Face à cette violence, des formes de résistance voient le jour. Les femmes choisissent de dénoncer publiquement ces abus. Des réseaux de solidarité se créent pour soutenir les victimes. Les mouvements féministes numériques utilisent les réseaux sociaux pour mettre en lumière les injustices et revendiquer leurs droits.
Quant à Aïcha, elle ne peut pas quitter les réseaux sociaux à cause des menaces, car ces espaces sont des lieux de pouvoir, d’expression et d’influence. « Si nous, en tant que femmes engagées, partons, alors nous laissons la place à ceux qui veulent nous réduire au silence. Nous sommes devenues de véritables sources d’inspiration, nous ne pouvons donc pas nous permettre d’abandonner alors que la base de ceux qui nous aiment est bien plus large que la poignée de personnes égarées », a-t-elle suggéré.
Pour Elisabeth Apampa, résister signifie aussi continuer à s’exprimer et à être présente en ligne. « Tout d’abord, j’ai refusé de rester silencieuse. J’ai appris à faire la distinction entre la critique constructive et la violence gratuite. Je réponds quand c’est nécessaire. Je bloque les gens quand ils dépassent les bornes, et je signale les faux comptes. Par-dessus tout, je protège mon espace mental », a-t-elle souligné.
Selon Mme Apampa, les réseaux sociaux ne devraient pas être un lieu de peur. Ce sont des espaces que les femmes façonnent avec leurs voix, leurs valeurs et leur courage.
La Banque mondiale souligne également l’importance de l’inclusion numérique des femmes en tant que moteur du développement, à condition que cet accès s’accompagne de garanties de sécurité.
Assurer la cybersécurité, renforcer la protection des données personnelles et lutter contre la violence en ligne ne sont pas de simples défis techniques. Ce sont des conditions essentielles pour préserver la liberté d’expression, les droits humains et la démocratie.
Résister et se réapproprier l’espace numérique
Face à cette violence, des formes de résistance voient le jour. Les femmes choisissent de dénoncer publiquement ces abus. Des réseaux de solidarité se créent pour soutenir les victimes. Les mouvements féministes numériques utilisent les réseaux sociaux pour mettre en lumière les injustices et revendiquer leurs droits.
Quant à Aïcha, elle ne peut pas quitter les réseaux sociaux à cause des menaces, car ces espaces sont des lieux de pouvoir, d’expression et d’influence. « Si nous, en tant que femmes engagées, partons, alors nous laissons la place à ceux qui veulent nous réduire au silence. Nous sommes devenues de véritables sources d’inspiration, nous ne pouvons donc pas nous permettre d’abandonner alors que la base de ceux qui nous aiment est bien plus large que la poignée de personnes égarées », a-t-elle suggéré.
Pour Elisabeth Apampa, résister signifie aussi continuer à s’exprimer et à être présente en ligne. « Tout d’abord, j’ai refusé de rester silencieuse. J’ai appris à faire la distinction entre la critique constructive et la violence gratuite. Je réponds quand c’est nécessaire. Je bloque les gens quand ils dépassent les bornes, et je signale les faux comptes. Par-dessus tout, je protège mon espace mental », a-t-elle souligné.
Selon Mme Apampa, les réseaux sociaux ne devraient pas être un lieu de peur. Ce sont des espaces que les femmes façonnent avec leurs voix, leurs valeurs et leur courage.
La Banque mondiale souligne également l’importance de l’inclusion numérique des femmes en tant que moteur du développement, à condition que cet accès s’accompagne de garanties de sécurité.
Assurer la cybersécurité, renforcer la protection des données personnelles et lutter contre la violence en ligne ne sont pas de simples défis techniques. Ce sont des conditions essentielles pour préserver la liberté d’expression, les droits humains et la démocratie.
Cet article WanaData a été soutenu par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).
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