Les récentes déclarations faites par 2 vices présidents du Conseil italien sur le franc CFA et la France, font réagir Kako Nubukpo. Le professeur titulaire de Sciences économiques à l’Université de Lomé au Togo n’est pas prêt de changer sa position sur la zone Franc et le Franc CFA. Dans une tribune publiée par le site d’informations français lemonde.fr, l’ancien ministre de la prospective et de l’évaluation des politiques publiques dit craindre l’instrumentalisation de l’Afrique par l’Italie.
Selon Kako Nubukpo, le Franc CFA apparaît comme une concession faite par les Etats de la zone Franc à Paris, du fait de l’incapacité ‘perçue’ ou ‘réelle’ des dirigeants de cette zone à piloter une monnaie commune. Et la fabrication des billets et pièces CFA, plus d’un demi-siècle après les indépendances dans les usines de la Banque de France, apparaît comme une sous-traitance de la souveraineté monétaire des Etats de la zone Franc.
La perpétuation du franc CFA, écrit M. Nubukpo, peut également être perçue comme une servitude volontaire des dirigeants africains trouvant dans les caractéristiques de cet arrangement institutionnel (fixité de la parité, totale garantie de la convertibilité entre Franc CFA et Euro, libre circulation des capitaux entre les zones Franc et Euro), un moyen commode de ne pas être proactif dans la gouvernance monétaire de leurs Etats, et un véhicule permettant d’accumuler des richesses hors du continent africain ».
« A travers ce paternalisme monétaire, la France gagnerait en prestige, une illustration à la face du monde du maintien de l’empire, un pré carré au sein duquel son influence et son rayonnement resteraient entiers, à l’heure où la concurrence des pays émergents, Chine, Inde, Russie, Brésil, se fait plus vive que jamais », souligne-t-il.
La zone Franc et le Franc CFA méritent donc, selon lui, un sérieux ‘dépoussiérage’, eu égard, dit-il, à la dynamique démographique de l’Afrique qui rend plus urgente que jamais la nécessité de créer des emplois massifs sur le continent.
Néanmoins, relève-t-il, la levée de bouclier des dirigeants italiens contre la France ne fait pas des premiers des défenseurs de la prospérité africaine.
« Les migrants ne sont pas tous originaires de la zone franc, c’est là un raccourci qui occulte les enjeux du débat. Les Africains seraient bien naïfs de penser qu’ils trouveront dans l’Italie d’ardents défenseurs de la prospérité africaine. L’Afrique est ici juste instrumentalisée dans le conflit médiatique larvé entre l’Italie et la France autour de la question des migrants et de l’application idoine des accords de Dublin », explique-t-il.
Selon l’économiste togolais, l’Italie ne s’est jamais remise de sa défaite lors de la bataille d’Adoua contre l’Ethiopie, ce qui solda pour partie la fin de son aventure coloniale en Afrique et marqua assurément son déclin sur la scène internationale. Ce qui n’a pas été le cas de la France et de la Grande Bretagne qui connurent des destinées plus prospères en Afrique.





