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21 Oct 2021

Laurent N’poh : ‘j’ai grandi dans les champs et avec les animaux’

Après plusieurs déboires, Laurent N’poh, entrepreneur agricole, consultant agricole, spécialiste de l’agrobusiness, semble trouver son chemin. Aujourd’hui Directeur général du Centre interafricain pour la promotion économique et des affaires (CIPEA), il parle de sa vie et de son expérience entrepreneuriale. L’entrepreneuriat, dit ce jeune togolais stylé mais qui a grandi dans les champs, ce n’est pas la vitesse mais l’endurance. Et pour réussir, souligne-t-il, il faut avoir un modèle.

On vous connaît avec votre casquette de Directeur général de CIPEA. Mais, avant de créer ce centre, qui était Laurent N’poh ?  

On me connaît comme directeur de CIPEA mais nous venons de très loin. J’ai été responsable de la Société Africasun Sarl qui a exercé dans le négoce international du pétrole, du sucre, du riz et des produits tropicaux. Dans la foulée, je fus responsables d’une micro finance qui devrait intervenir dans le domaine agricole. Cette structure n’a pas pu fonctionner pour des raisons d’ordre structurel et humain.

Ayant fait la formation agricole au Maroc, sur l’agrobusiness, la consultation et l’expertise dans le domaine agricole, je me suis dit que je peux apporter l’expertise que j’ai acquise non seulement au Maroc mais également en tant que fils d’un grand exploitant agricole qui a bénéficié de plusieurs projets au Togo et au Bénin. J’ai grandi dans les champs, avec le champ et les animaux. Je suis l’imitateur de mon père qui fut un grand producteur agricole.

Depuis 2017, vous semblez être sorti du gouffre. Aujourd’hui, que pouvez-vous dire aux jeunes qui entreprennent ?

J’ai vraiment souffert dans mes premières activités, ce qui m’a amené à réfléchir et à être beaucoup plus sage dans l’entrepreneuriat en général. J’ai appris à faire confiance, à mieux connaître les collaborateurs. Les conséquences notamment la faillite, la perte et la déception sont des preuves de la maturité entrepreneuriale. Je suis sorti de tout ce parcours. J’ai parcouru des montagnes et des vallées, j’ai été formé et forgé. Je peux dire sans me cacher que je suis un jeune modèle dans l’expérience entrepreneuriale.

J’ai été toujours et toujours courageux et même dans le pire des problèmes, je n’ai jamais perdu le ciel qui pour moi, est le sommet.

Abordons le sujet CIPEA. Que peut-on savoir de la genèse de cette initiative ?

CIPEA est venu d’un constat. D’abord, les entrepreneurs ont besoin de se faire former, de se faire accompagner, ils ont besoin des marchés. Ils ont besoin des modèles. Nous estimons que nous avons tout cela et il ne faut pas garder cela secret. Les meilleures idées et connaissances sont au cimetière, on ne doit pas attendre d’être au cimetière avant de dire qu’on savait. Nous avons donc pris sur nous la responsabilité de créer CIPEA pour accompagner les entrepreneurs agricoles, faire en sorte qu’ils soient autonomes pour qu’on puisse répondre aux perspectives de l’Etat. Le Togo est un pays essentiellement agricole, les climats sont en point. Mais il faut aller à la formation pour découvrir comment il faut mieux le faire. D’où CIPEA.

Bref, CIPEA fait dans l’accompagnement, l’agrobusiness, l’étude du sol, la certification et la labélisation et dans l’étude, recherche et innovation et le développement de l’entrepreneuriat

On sait que vous avez initié plusieurs projets. Quel est donc le chemin parcouru en 4 ans ?

Nous avons initié plusieurs projets, notamment le forum des entrepreneurs, le dîner du paysan. Mais notre plus grand événement, c’est Agri Awards dont la première édition a eu lieu le 28 avril dernier où nous avons célébré l’agriculture. Nous avons des awards dans le sport, la musique. Nous sommes de grands entrepreneurs au Togo, il fallait initier quelque chose pour décerner des awards aux entrepreneurs. 6 personnes ont été primées et ont reçu l’award du meilleur entrepreneur agricole, du meilleur inventeur, du meilleur éleveur, de la meilleure coopérative agricole et de meilleure entreprise agroalimentaire.

En 4 ans, nous avons pu accompagner entre 2000 et 3000 personnes, nous avons élaboré 230 plans d’affaires, nous avons fait jusqu’à 50 immatriculations. Nous avons signé des conventions avec les communes et les fédérations agricoles. Avec le MIFA, nous identifions les coopératives et les formons pour qu’elles puissent négocier le financement. Nous avons, en 4 ans, fait un grand parcours.  Cependant, nous estimons qu’il reste beaucoup à faire.

Présentez les différentes sections du CIPEA

CIPEA a plusieurs départements. Il y a le département technique agrobusiness, département communication qui s’occupe de la visibilité et l’innovation des entrepreneurs et de leurs produits. On a la section formation académie où nous formons les gens. La section innovation, développement et recherche pour sortir les données agricoles qui seront mises à la disposition des institutions de l’Etat, notamment l’Assemblée nationale. CIPEA a aussi en son sein la section étude et certification des sols, la section orientation et conseils, la section comptabilité et la section juridique.

Que proposez-vous à la section recherche de marchés ?

Lorsqu’on veut entreprendre, on doit forcément savoir la cible qui doit acheter les produits. On doit savoir, avant de mesurer la farine, combien de personnes mangeront. Au niveau du marché, nous mettons à disposition des entrepreneurs, les agrégateurs. Si nous prenons un entrepreneur qui veut faire du soja, nous allons mettre à sa disposition un agrégateur ou un acheteur qui devrait signer un contrat avec lui. C’est un peu ce que nous faisons.

En réalité, un entrepreneur doit aller chercher le marché avant de venir faire les activités. Malheureusement, en Afrique ou au Togo, généralement, on produit avant de chercher le marché. Lorsqu’on n’en trouve pas, c’est des pertes. Quand les entrepreneurs viennent à CIPEA, ils ont le marché, la qualité, la quantité et les critères et les contours de leur marché.

Et en matière de certification ?

La certification des produits est très importante. Cela permet d’évoluer dans le marché national et international. Il y a plusieurs sortes de certifications. Mais au Togo, la certification se fait au niveau de l’ITRA. Les entrepreneurs qui viennent chez nous, on voit ce qu’ils produisent, leur manuel de production ou de procédure. Cela permet de voir les locaux, où ils sont, et comment le produit se fait du champ jusqu’à la finition,  quelle est la chaîne de valeur, est-ce qu’elle est respectée et les conditions hygiéniques et le personnel. Lorsqu’un entrepreneur ne peut pas faire de manuel de production, on s’en occupe et on l’accompagne jusqu’à la certification.

Qu’en est-il de l’accompagnement des pasteurs des Assemblées de Dieu que vous organisez en coopératives ?

Nous avons été approchés par le Bureau exécutif. Les chrétiens ont besoin non seulement d’aller prier à l’église mais de pouvoir s’épanouir. Quand ils sont épanouis, ils peuvent bien adorer Dieu.

La plupart du temps, c’est dans les églises qu’on trouve les taux les plus élevés de pauvreté et de chômage alors que les chrétiens doivent être une lumière et l’église doit montrer le chemin. Sur ce, l’église nous a sollicité pour que nous puissions former les membres en coopératives en entrepreneuriat agricole. Comme nous sommes dans la chaîne de valeur, production, accompagnement, structuration et recherche des marchés, nous avons à cœur de les amener à se former en coopérative, les amener à produire, négocier le financement. Et quand ils vont produire et vendre, ils seront à même de mieux s’occuper des œuvres sociales. L’esprit saint doit vivre dans un corps saint. Si on n’a pas d’argent, on ne peut avoir un corps saint. Nous voulons les aider à s’épanouir.

Vous vous approchez aussi des communes ?

Nous nous approchons des communes avec notre expertise et nous voulons aider les maires dans leur exercice communal et dans les charges qui leur incombent et faire développer le secteur agricole. Il y a des terres qui ont besoin d’être emblavées et qui ont besoin de l’expertise. Voilà.

Un mot de fin ?

Merci à Global Actu ! Nous voulons encourager les jeunes entrepreneurs. L’entrepreneuriat, ce n’est pas la vitesse, mais c’est l’endurance. Nous voulons aussi les encourager à suivre les modèles pour faire plus qu’eux.

A l’Etat, nous disons que nous avons besoin d’accompagnement et d’écoute. Nous avons besoin de faire mieux mais nous sommes financièrement limités.

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