10 May 2019

Togo : menacées d’expulsion, les femmes revendeuses du marché de Kodjoviakopé menacent

Sous le coup d’une expulsion forcée, les femmes revendeuses du marché de Kodjoviakopé ont manifesté vendredi leur colère en conférence de presse. Ces Ghanéennes et Togolaises, revendeuses de sel, de piment et de poisson, ont appelé les autorités togolaises à intervenir. Mais si rien n’est fait et qu’elles en viennent à être expulsées, elles disent qu’elles seront obligées de regagner le Ghana pour leur commerce, plutôt que de rejoindre le marché de Kodomé qu’on leur propose.

Que se passe-t-il exactement pour que l’Etablissement public autonome pour l’exploitation des marchés (EPAM) veuille expulser ces femmes d’un marché où elles vendent depuis plus de 37 ans ? Une délégation de cet établissement a fait irruption mercredi dernier au marché pour dire aux femmes que puisque malgré les communiqués à la radio et les nombreux appels elles ne veulent pas quitter d’elles-mêmes, l’EPAM seront obligée de le faire de force.

Selon les revendeuses mêmes, le vrai problème se trouve ailleurs. A l’origine de cette expulsion, disent-elles, se trouve une Ghanéenne du nom de Mabelle Semekonawo, une revendeuse comme elles, qui dit avoir de bonnes entrées auprès des autorités togolaises et qui compte les utiliser pour les faire dégager.

Yawa Agbota, présidente des revendeuses de piment, dit que c’est un problème qui remonte seulement à février dernier. « Cette jeune dame dont nous parlons, a des problèmes avec des syndicalistes de notre marché et est allée loger dans le marché de Kodomé. Depuis, elle a juré de tout faire pour que nous le rejoignions », a-t-elle ajouté.

Pour une revendeuse ghanéenne de poisson, il faut que les autorités togolaises fassent tout pour ne pas laisser sa compatriote tenir sa promesse. « Comment est-ce qu’une Ghanéenne peut venir imposer des choses aux Togolais ? », s’est-elle demandé avant de s’exclamer : « c’est une honte ! ».  

Pour information, il n’y a pas longtemps, pour cause de bitumage du corridor Abidjan-Lagos, il a été demandé à ces femmes revendeuses de quitter les lieux, ce qu’elles ont fait. Une place leur a été trouvée devant la cour du chef d’Agbota. Mais une fois les travaux terminés, elles ont regagné leur ancienne place comme convenu. Faut-il ajouter que le marché dont il est question est hebdomadaire et ne s’anime que les mercredis ?

Aujourd’hui, l’EPAM considère ce marché comme ‘sauvage’. L’autre raison brandie pour expulser les femmes de ce marché de Kodjoviakopé est qu’il y règne de l’insécurité et que le marché ne doit pas s’animer près de la frontière.

Pour rappel, le marché de Kodjoviakopé rassemble les revendeuses du Togo, du Ghana et du Bénin. Mais il est considéré comme un marché international à cause de sa proximité avec la frontière et les acheteurs du Ghana, du Nigeria, du Bénin et même du Congo qui y viennent.

Contactée par Global Actu, l’Etablissement public autonome pour l’exploitation des marchés (EPAM) dit n'être pour rien dans la décision de déplacement de ce marché. Cette décision, ont confié ses responsables, sont relatives à la décision du 17 décembre 2018 portant 'déplacement du marché sauvage installé aux abords du cimetière de Kodjoviakopé, une décision prise par le président de la Délégation spéciale du 4ème arrondissement, Anumu Mikem. 

L'article 2 de cette décision précise que 'les occupants de ce marché sont transférés dans l'enceinte du marché de Kodomé. Un responsable de l'EPAM a même confié que c'est par courtoisie que des délégations se sont rendues auprès des femmes revendeuses pour leur dire de quitter les lieux d'elles-mêmes. 

Et si les occupants de ce marché dit sauvage n'obéissent pas à la décision de l'autorité, la force publique les amènera à quitter les lieux. 

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