29 Nov 2018

SOS villages d’enfants/Narcisse Aguim: « offrir une famille à chaque enfant qui n’en a pas »

SOS Villages d’Enfants Togo est active depuis 1979 auprès des enfants ayant des difficultés sur le plan familial. Dans une interview accordée à Global Actu, Narcisse Aguim, le Directeur de programme SOS Villages d’Enfants Lomé parle de cette organisation, ce qu’elle a réalisé et ses attentes au Togo.

En presque 40 ans, plus de 700 enfants et jeunes ont bénéficié et continuent de bénéficier d’une prise en charge à long terme dans les 3 villages d’enfants de Lomé, Kara et Dapaong. Le quatrième village à Atakpamé vient d’ouvrir ses portes. « Aujourd’hui, statistiquement, 80% de ceux qui sont sortis de cette prise en charge alternative sont autonomes ; ils sont employés ou s’auto-emploient », a-t-il confié.

En dehors des financements traditionnels, SOS Villages d’enfants veut réussir le pari du parrainage au Togo. « Une personne physique peut parrainer un enfant et nous vivons beaucoup plus du parrainage », a-t-il relevé.

Lire l’interview

Quand on parle de programmes SOS, à quoi fait-on allusion ?

SOS Villages d’Enfants Togo est une organisation non gouvernementale et non confessionnelle centrée sur l’enfance et qui propose, aux enfants privés de protection parentale ou risquant de l’être, des services directs dans les domaines de la prise en charge alternative, de l’éducation et de la santé. L’organisation s’engage aussi pour renforcer les capacités des personnes s’occupant d’enfants, tout comme celles de leurs familles et de leurs communautés, afin de fournir aux enfants une protection adéquate. Fondée en 1949 elle est active au Togo depuis 1979. Ses interventions sont guidées par l’esprit de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant. Actuellement, elle travaille également selon les Lignes Directrices pour la protection de remplacement pour les enfants.

Par l’accompagnement des familles et des communautés  elle vise la prévention de la séparation des enfants d’avec leurs familles. Le soutien au développement socioéconomique des communautés ciblées se traduit par le renforcement des capacités des acteurs locaux.  Les familles  reçoivent sur 3 à 5 ans le soutien nécessaire pour parvenir à leur autonomie dans la prise en charge de  leurs enfants.

SOS Togo couvre le territoire national à partir de 4 programmes installés à Lomé, Atakpamé, Kara et Dapaong.

Les interventions qui se passent sur un seul site constituent un programme : la prise en charge de remplacement, le renforcement de familles, les structures scolaires, les centres médicaux et les centres sociaux. Il y a pour certains programmes, des projets spécifiques comme actuellement à Lomé le projet ‘Baby moto’ qui est à Djagblé. En 2016, nous avions eu le projet ‘Sport et développement’ à Avédji.

SOS Villages d’enfants est présent au Togo depuis 1979. Quelles sont la vision et la mission que vous poursuivez ?

La vision de notre organisation est ce que nous voulons pour tous les enfants du monde : chaque enfant a sa place dans une famille et grandit dans un climat d’affection, de respect et de sécurité.

Notre mission est de construire des familles pour les enfants qui en ont besoin, les aider à dessiner leur propre avenir et à prendre part au développement de leurs communautés.

La spécificité de SOS Villages d’Enfants, c’est la prise en charge à long terme des enfants qui ont perdu la prise en charge parentale. Nous nous occupons des enfants qui nous sont référés très souvent parce qu’ayant été abandonnés ou orphelins ou des enfants qui n’ont pas de prise en charge parentale, qui ont éventuellement des parents mais ceux - ci ne peuvent pas assurer leur prise en charge, notamment les enfants des malades mentaux. Ils nous sont souvent référés par la gendarmerie, la police ou le ministère de l’Action sociale. Une fois que l’enfant n’a pas cette chance de vivre dans une famille, nous l’accueillons. C’est notre mission fondamentale, offrir une famille à chaque enfant qui n’en a pas, dans la mesure du possible. Nous lui offrons une famille pour qu’il puisse grandir de façon harmonieuse.

Le 2ème volet concerne les enfants qui risquent de perdre la prise en charge parentale. C’est le programme de renforcement des familles pour éviter que celles-ci se brisent et que des enfants se retrouvent seuls, sans prise en charge.

Nous sommes également dans l’éducation préscolaire et primaire. Nous avons des jardins d’enfants et des écoles primaires.

Pour aller plus loin, nous menons des actions de plaidoyer de façon globale au niveau national concernant la protection de l’enfant et l’employabilité des jeunes, surtout des jeunes qui sortent de la prise en charge alternative.

Combien d’enfants sont pris en charge aujourd’hui au Togo par SOS Villages d’Enfants ?

A ce jour il y a environ 700 enfants qui ont été pris en charge au niveau national.

En 2017, les villages d’enfants SOS ont assuré la prise en charge de remplacement de 423 enfants et jeunes dont 196 filles sur les sites de Dapaong, Kara et Lomé. Sur l’ensemble des 4 sites, SOS Togo a accompagné 201 familles en vue d’une meilleure prise en charge de 877 enfants/jeunes dont 428 filles.

Pour 2018, la cible est de 517 enfants et jeunes.

D’où vous viennent vos financements ?

Les projets de SOS Villages d’Enfants Togo sont essentiellement financés par des donateurs individuels, surtout des parrains. A ceux – là s’ajoutent des institutions publiques et privées qui s’engagent selon leur intérêt pour un projet spécifique ou pour notre action de façon générale.

Nous mobilisons des ressources au niveau local pour financer nos interventions : des partenariats, des parrains et marraines Togolais, des dons, des financements de projets ce qui est assez rare.

Depuis 2 ans, nous avons commencé par avoir une subvention financière de l’Etat. Cette subvention nous a permis de mettre en place des maisons de transit à Atakpamé, Kara et Dapaong pour relayer le centre de référencement de Lomé, et une place des familles d’accueil que le gouvernement accrédite et que nous gérons pour le placement des enfants. C’est une nouvelle offre de prise en charge alternative des enfants pour qu’ils grandissent dans les familles intégrées dans la communauté.

Une personne physique peut alors devenir parrain ?

Bien sûr ! Ce sont des personnes physiques ou morales, des sociétés privées ou des associations qui peuvent parrainer. Une personne physique peut parrainer un enfant et nous vivons beaucoup plus du parrainage. Quand on parraine un enfant, on donne au moins 1.500 francs par mois, quand on parraine une famille, on donne au moins 2.500 francs par mois. Et pour un village, c’est 5.000 francs par mois.

Nous cherchons aujourd’hui à avoir de plus en plus de parrains parce que ce sont des contributions régulières qui nous permettent de structurer la prise en charge des enfants par une prévision plus précise des revenus locaux.  Le travail est difficile mais on se dit que d’ici peu, on pourrait réussir à avoir de nombreux Togolais qui parrainent les bénéficiaires sur le long terme.

Dans les villages d’enfants SOS, des gens viennent offrir un sac de riz, un bidon d’huile pour les enfants. Il nous faut également des donateurs engagés. Très souvent, des gens veulent faire des dons ponctuels mais ne veulent pas s’engager sur le long terme. Cette année nous nous sommes lancé le défi d’avoir 10 donateurs pouvant contribuer avec 100 000 F CFA chacun à nos interventions ; le défi reste ouvert !

Y a-t-il un lien entre les actions de SOS villages d’enfants et les ODD ?

Aujourd’hui, tout ce que nous faisons est en lien avec les ODD et le Plan national de développement (PND). Ce lien est très important.

La stratégie 2030 de notre organisation est totalement en phase avec les ODD:

Si ces objectifs sont atteints pour tout citoyen, je crois qu’il n’y aura pas d’enfant qu’on va placer  en prise en charge alternative. Les familles seront bien, vont pouvoir bien se soigner, il n’y aura pas d’enfant qui se retrouverait seul.

Que deviennent ces enfants que vous prenez en charge depuis 1979. Peut-on avoir des cas concrets ?

Nous avons aujourd’hui des cadres. Parmi ceux qui ont pu avancer jusqu’aux études supérieures, il y en a un qui a soutenu sa thèse de doctorat, des cadres de banque, des travailleurs sociaux, ceux qui travaillent dans la communication, des enseignants à tous les niveaux d’éducation. Ceux qui n’ont pas pu aller loin dans les études supérieures ont fait leur BTS, leur certificat de fin d’apprentissage et se sont aussi installés à leur propre compte.

L’entreprenariat est un élément de nos programmes à l’endroit des jeunes. Très tôt ils sont sensibilisés, orientés, formés, accompagnés pour une vie autonome. La prise en charge, même à long terme, a une fin. La sortie de prise en charge est un aspect sur lequel nous agissons de plus en plus. Les partenariats pour les offres de stages, de formations, de bourses sont les créneaux pouvant favoriser leur insertion professionnelle.  Et la cellule dédiée aux jeunes y travaille continuellement.

Nous faisons toujours des évaluations et des suivis, des fora avec ces anciens jeunes pour continuer à avoir de leurs nouvelles. Il y a 2 ans, l’organisation a commandité une étude d’impact pour ceux qui sont sortis de prise en charge. Nous avons certaines dimensions par rapport auxquelles nous apprécions, ce qui va même jusqu’à comment ils s’occupent de leurs enfants. C’est vrai, il y a des situations difficiles chez ces jeunes comme pour toute société. Certains d’entre eux sont arrivés ici avec des handicaps, nous essayons toujours de remonter la pente jusqu’à un certain niveau pour que chacun d’entre eux puisse s’autodéterminer et s’auto-prendre en charge. Aujourd’hui, statistiquement, 80% sont employés ou s’auto-emploient.

Un mot de fin ?

SOS Villages d’Enfants Togo aura 40 ans, nous allons les célébrer l’année prochaine.

Nous souhaiterions que le gouvernement puisse beaucoup subventionner ce que nous faisons pour que cela puisse nous aider aussi à augmenter le nombre de bénéficiaires. Nous avons, il y a quelques années, pensé à étendre nos interventions à Vogan et dans le Dankpen. Mais compte tenu de la crise qui a secoué nos principaux donateurs, nous n’avons pas pu le faire mais les projets sont toujours d’actualité. Heureusement le programme Atakpamé a pu voir le jour.

Nous devons nous-mêmes en tant que Togolais soutenir nos propres concitoyens en difficulté.

Nous remercions toutes les bonnes volontés qui soutiennent SOS Togo et leur souhaitons le meilleur.

Read 175 times
Tagged under
Facebook Google Plus Twitter LinkedIn
Top
We use cookies to improve our website. By continuing to use this website, you are giving consent to cookies being used. More details…