12 Feb 2019

Jonas Siliadin : ‘vouloir quitter le CFA est légitime mais ce n’est pas opportun’

« Je ne trouve pas normal qu’on imprime nos billets en France. Mais si on le faisait à Korhogo (Côte d’Ivoire) ou à Tsévié (Togo), on apprendra un matin qu’un escadron est allé prendre les billets imprimés et a disparu dans la nature. On dira après que ce sont des éléments incontrôlés et on ne sait pas d’où ils viennent ».

C’est ce que déclarait il y a quelques jours Jonas Siliadin, 2ème vice-président du Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD). Pour cet économiste et écrivain togolais qui intervient dans les universités françaises, il est légitime de vouloir sortir du CFA, mais cela n’est pas ‘opportun’.

« Il faut critiquer le CFA avec des arguments justes. Si un jour on décide de quitter le CFA, il faut qu’on le fasse pour de bonnes raisons. Il y a certains arguments qui sont pertinents mais dans beaucoup de cas, il y a de l’amalgame. Ce n’est pas tous les économistes qui peuvent parler de la monnaie. Si on élargit le débat, on prend le risque d’avoir des arguments qui sont des sauts d’humeur, des impressions ou des ressentis. C’est ce qu’on observe avec le débat sur le CFA. A chaque fois qu’on pose un débat, les Africains réagissent d’abord avec le cœur qu’avec la raison », a-t-il déclaré ce dimanche sur Pyramide FM.

Pour lui, avec l’actuelle structure de l’économie des pays qui utilisent le franc CFA, celui-ci est le moindre mal.

« Si nous sommes toujours dans l’actuel système d’économie qui consiste à exporter des produits à faible valeur ajoutée et à consommer beaucoup de l’étranger, le CFA est le moindre mal. C’est plus un bon régime qui favorise l’importation puisqu’il est arrimé à l’euro. Autrement dit, nous avons un avantage lorsque nous importons et un désavantage lorsque nous exportons. Si nous gardons cette structure d’économie, c’est le CFA qu’il nous faut », a-t-il indiqué.

Si les pays de la zone franc sont convaincus qu’ils doivent absolument sortir de cette zone monétaire, ils ont d’abord un challenge.

« Le challenge, c’est de se demander si nous voulons changer la structure de notre économie, faire en sorte que nous ayons à produire et transformer sur place, de sorte à pouvoir vendre à des prix compétitifs à l’étranger. Si la structure de notre économie est transformée comme cela, il faudra trouver un système monétaire  qui nous permet d’être compétitifs à l’export », a-tt-il proposé.

Selon cet ancien membre du comité central du Rassemblement du peuple togolais (RPT), l’indépendance à elle seule ne suffit pas pour relever le niveau de vie des populations.

« Il faut l’adéquation du système monétaire à la structure de production du pays. Si nous devenons indépendants demain et que nous gardons notre façon de consommer, de produire, de former nos élites, de gouverner notre pays, nous n’irons nulle part », a-t-il prévenu.

Parlant du Pr Kako Nubukpo, fervent défenseur de la sortie du franc CFA, M. Siliadin estime que celui-ci a une responsabilité.

« Kako Nubukpo est quelqu’un d’extrêmement brillant qui connaît bien son sujet mais il a les défauts de ses qualités. Les gens qui sont brillants pensent que lorsqu’ils disent des choses avec des nuances, tout le monde perçoit ces nuances. Les gens retiennent plutôt ce qui brille dans leur propos et ne retiennent pas les nuances. Il est de sa responsabilité de faire un peu plus de pédagogie et de prendre le temps de souligner les nuances de ses propos pour que les gens ne retiennent pas que la partie flamboyante », a-t-il lancé.

Jonas Siliadin fait savoir qu’il n’est pas un défenseur du franc CFA. « C’est vrai que je travaille et enseigne en France, je suis consultant auprès des banques françaises, ce qui peut me donner un certain biais. Mais avant cela, je suis Togolais et panafricaniste », a-t-il fait observer.

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