19 Mar 2018

Les agriculteurs urbains livrent une rude bataille contre la vague de chaleur à Lomé

Eugène Kpognon (photo), sous le chaud soleil de midi, deux arrosoirs remplis d’eau à la main, humidifie ses planches couvertes de jeunes plants d’Aster et d’Asparagus. Ceci n’est pas de l’habitude de ce sexagénaire qui boucle 29 ans de carrière en horticulture. Depuis le mois de février, il a dû changer son emploi du temps pour sauver sa culture de la vague de chaleur qui s’est installée au Sud du Togo.

« Quand j’ai commencé à travailler ici, le soleil n’a jamais été aussi accablant qu’actuellement », a-t-il noté.

Depuis le 08 février 2018, la courbe de la chaleur est en constante progression avec des maximales qui atteignent les 35°C dans le Sud du pays. Selon les informations communiquées par la métrologie nationale, cette vague de chaleur va se déplacer dans les prochains jours dans le septentrion.

Cette canicule, explique Dr Issoua Latifou, Directeur général de la métrologie nationale, est liée aux conséquences des gaz à effet de serre et à la transition entre le harmattan et la mousson.

« Dans la journée, le soleil envoie ses rayons sur la terre et la terre emmagasine cette chaleur.  Cette chaleur en fait, doit être restituée dans la nuit dans la haute atmosphère. Mais comme il y a la présence des gaz à effets de serre, ces gaz constituent un blocage et ne permettent pas un échappement de la chaleur dans la haute atmosphère. Ce qui induit une forte chaleur sur la terre », a-t-il détaillé.

Ce dérèglement climatique n’est pas à l’avantage des agriculteurs urbains de la capitale. La dizaine de maraîchers et jardiniers rencontrée se plaignent des dégâts de l’intensité du soleil.

« Quand le soleil est fort comme c’est le cas ces derniers temps, cela ne nous arrange pas. Quand nous faisons la pépinière, les semences ne germent pas bien malgré que nous les arrosions. Beaucoup de jeunes plants meurent sur les planches malgré l’arrosage répété », laisse entendre, Bella Agbéokémé, le regard fixé sur ses planches de laitues, menthes, betteraves et ciboules.

Ils ont tous recourt à l’arrosage pour atténuer l’effet de ce dérèglement climatique sur leurs potagers. Certes, chacun a ses méthodes pour rendre son action efficace en fonction de ses moyens.

De son côté, dame Ayélé comptant sur son système d’irrigation moderne à bandes perforées, a choisi d’augmenter la fréquence d’arrosage dans son potager d’une centaine de m² de superficie. « Avec le soleil, j’ai décidé d’arroser jusqu’à quatre fois par jours : à 7 heures le matin, 11 heures, 14 heures et 17 heures ».

Quant au chevronné horticulteur, Eugène Kpognon, fort de ses expériences, a choisi de revoir son emploi du temps.

« Avant je commence à travailler à 7 heures. Maintenant que le soleil devient accablant, cela nous gêne beaucoup. Quand je viens au jardin, j’attends qu’il sonne au moins onze (11) heures avant de commencer à travailler et ce travail dure jusqu’à 14 ou 15 heures. Pour éviter que les planches se desséchassent », explique-t-il se faufilant entre les planches de fleurs avec ses deux arrosoirs en main.

Les quatre grandes pluies qui ont suivi la vague de chaleur n’ont pas pu corriger les dégâts de la vague de chaleur sur la récolte. Elles ont par endroit aggravé la situation. De retour sur le terrain deux (02) mois après la première collecte d’information (avril 2018), les agriculteurs se plaignent de nouveaux dommages sur les récoltes.

Les maraîchers urbains paient un lourd tribut des effets de cette vague de chaleur

Sur ses 5000 m² d’exploitation, Ayivi Koffi, haut de ses 38 ans de carrière en maraîchage dans la zone portuaire de Zoro-bar  a perdu beaucoup de plants d’oignons. Pour lui, il s’agit d’un fait nouveau. « Il y a une chose que nous observons cette année. A chaque grande pluie, les oignons blancs brûlent sur les planches. Nous avons du mal à comprendre cette saison. Malgré les pluies de ces derniers temps, la chaleur persiste. La chaleur a beaucoup agi sur le développement de nos cultures, ce qui fait que la récolte n’est pas si rentable. », a-t-il expliqué.

Même son de cloche chez Yawa Glikpo, une exploitante maraîchère de 200 m² à Kotokou Kondji.  « La fleuraison a coïncidé avec la chaleur de février-mars, beaucoup de fleurs sont tombées, les jeunes feuilles aussi ont eu du mal à se développer, ce qui fait que les plants de piment ne sont pas bien développés. Il va de soi que le rendement est aussi maigre. Malgré les pluies de ces derniers temps, la chaleur continue et les nouvelles feuilles ne sont pas bien développées. Les pluies sont trop fortes avec des vents violents qui font tomber les piments qui ne sont pas encore arrivés à maturité et les nouvelles fleurs aussi », a relaté la jeune expérimentée  de six années.

La perte est également financière

« Nous avons dépensé beaucoup d’argent pour produire. J’ai payé beaucoup de carburant pour arroser. En plus, les jeunes plants n’arrivent pas à résister à la chaleur, ce qui fait que nous avons utilisé plus de semences. En février, les plants poussent bien à la pépinière bizarrement, ils se brûlent en mars. Nous avons perdu par rapport à l’année passée », se plaint Ayivi Koffi.

Quant à dame Yawa, elle devra se contenter de la vente de sa maigre récolte.

« La chaleur nous a causé beaucoup de tort. L’année passée, j’ai fait la même superficie de piment blanc et j’ai beaucoup gagné. C’est très dur avec la chaleur de cette année. Regardez les fruits ! Les piments sont courts et ne sont pas droits. En plus, beaucoup de plants meurent après les pluies, ce qu’on ne comprend pas », a-t-elle laissé entendre.

Devant cette situation, certains maraîchers à l’instar de M. Ayivi ont adopté des mesures pour s’adapter à cette perturbation climatique.

Très visionnaire, M. Ayivi a planté des lignes de manioc qui servent d’ombre aux poireaux et persilles. Il a aussi opté pour « la reine de glace »,  une variété de laitue résistante à la chaleur.

Cette perturbation climatique va se poursuivre tout le long de l’année. Selon les conclusions du forum 2018 des prévisions saisonnières pour les pays du Golfe de Guinée, le Togo va connaître pour cette année, des débuts et fins de saisons précoces, de longues à moyennes séquences de sécheresse et des cumuls pluviométriques moyens à légèrement excédentaires au Sud.

Jérémie Gadah

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